Le Salon international des mines et du pétrole, prévu du 23 au 25 septembre, devrait être l’évènement économique majeur de ce mois. Plusieurs firmes étrangères ont déjà confirmé leur participation. Le contraire aurait étonné quand on sait l’importance des gisements de pierres précieuses et de l’or noir offerts par Madagascar. Mais au final, les exploitations n’apportent que 3% du produit intérieur brut, PIB.  Les projections tablent sur une progression jusqu’à 8% de ce taux d’ici  cinq  années. Une performance dérisoire eu égard à l’immense potentiel existant. Par exemple, pour l’or, il fut un moment où seuls trois kilos sont déclarés à l’État, alors qu’un village dénommé Antanimbary, dans le district de Maevatanàna, dans le Centre-ouest du pays, arrive à produire pas moins de cinq kilos par jour. Marc Ravalomanana y a même installé un comptoir pour le métal jaune.
De même, aux quatre coins du pays, plusieurs localités  constituent des zones aurifères importantes. Et des traces de kimberlite ont été aperçues sur le littoral Nord-est. Ce qui laisserait entendre l’existence de diamant.
Face à cette situation pour le moins paradoxale, la Conférence des évêques catholiques, une autorité morale incontournable, surtout dans les endroits pétris de richesses naturelles sur lesquelles s’installe la misère,  a mené une étude approfondie intitulée « Mines et pétrole, état et perspectives du secteur extractif à Madagascar ». Tous les aspects de ce filon y sont traités avec minutie, objectivité et précision. Des détails ont été publiés dans la presse : redevances perçues par l’État, corruption dans l’octroi des permis d’exploitation, différents types de contrat pétrolier…

Sermons
Pour l’or, il est indiqué que « les professionnels jugent sous-évalués les rapports officiels selon lesquels 600 kilos d’or ont été exportés illicitement en 2012. Ils estiment que ce volume serait dans la fourchette de 3 à 8 tonnes par an ». Ainsi  l’Église catholique affirme qu’elle ne peut être complice de la paupérisation de la population alors que les richesses en ressources minérales font de Madagascar un pays béni de Dieu.
Mgr Odon Razanakolona, archevêque d’Antananarivo, conclut que « illogique, la tenue du Salon des mines et du pétrole n’est pas appropriée. Une fois de plus, on met la charrue avant les bœufs. Comment peut-on lancer une promotion internationale  de l’industrie extractive alors que d’un côté, les textes législatifs, réglementaires et fiscaux régissant le secteur ne sont pas prêts   Et de l’autre, les débats sur le sujet ne sont pas entamés au niveau régional et national. Madagascar a-t-elle une vision stratégique de sa politique extractive et des enjeux vitaux, minerai par minerai   Même les opérateurs doutent, du fait de l’absence de conditions adéquates qui est un préalable à la promotion internationale du secteur…  ».
Il est peu probable que ces sermons des autorités catholiques puissent  changer quoi que ce soit dans l’attitude des politiciens.  Le gouvernement vient de laisser entendre la levée prochaine du monopole des exportations de l’or accordé à la Banque centrale de Madagascar. Serait-ce la légalisation des manœuvres frauduleuses   Le doute est permis sur cette mesure prise pour assainir sinon polir les activités aurifères.

Eric Ranjalahy