Les derniers chiffres avancent que 93 % des activités économiques sont classées informelles à Madagascar. Trois cent mille jeunes se lancent chaque année sur le marché du travail, mais à peine cinquante mille sont satisfaits et presque les trois quarts exercent dans l’informel. La Grande île  représente, en effet, les caractéristiques d’un pays où fleurit le secteur informel : les traits démographiques notamment où la moitié de la population a moins de 20 ans, le chômage évalué à 6 % mais qui touche les primo-demandeurs, l’inadéquation formation-emploi, le faible taux d’urbanisation (22 %), le sous-emploi (lié à la durée du travail qui est de plus de trente cinq heures par semaine contre le gré des travailleurs), la précarité de l’emploi, les ouvriers payés « à la pièce » ou exerçant plusieurs métiers.  Par ailleurs, les entreprises non formelles ne peuvent accéder aux prêts bancaires et ne peuvent accroître leurs activités. À cela s’ajoutent les impacts des catastrophes naturelles, l’incompétence des dirigeants, la mauvaise gouvernance et un marché du travail dominé par les emplois non salariés.  Il faut également reconnaître le dysfonctionnement du marché de travail qui se traduit par l’exode rural massif.
Arrangement
Le travailleur veut s’adapter aux effets du chômage et du sous-emploi. Nombreux ont l’avantage de bénéficier du non paiement de taxes et d’impôts, mais ils sont aussi soumis aux vicissitudes de l’emploi informel comme la non affiliation à la CNaPS. Près de neuf travailleurs sur dix évoluent dans la sphère de l’économie informelle. Quelque trois millions de petites unités de production ne rentrent pas dans la comptabilité et ne sont pas enregistrées dans les statistiques nationales alors qu’elles pèsent 24 % sur le produit intérieur brut. On n’attribue pas l’économie informelle aux seuls marchands ambulants d’Analakely et d’Isotry, mais également aux petites et moyennes entreprises dans l’import-export, aux ateliers de fabrication, aux agriculteurs, aux hôtels et restaurants, aux casinos qui ne déclarent pas leurs activités alors qu’ils sont imposables. « Les informels sont ceux qui ne respectent pas les lois régissant le travail, c’est-à-dire qu’ils n’ont aucun document officiel mentionnant qu’ils ont une entreprise, qu’ils emploient tels ou tels individus, aucune affiliation à la CNaPS ni à l’Ostie », détaille Christian Ntsay, directeur du Bureau de l’Organisation internationale du travail à Antananarivo pour Madagascar, les Comores, Djibouti, Maurice et les Seychelles, à chaque célébration de la Journée internationale du Travail. La proportion des emplois créés dans le secteur informel hors agriculture est la plus élevée dans les régions Analamanga et Diana. Le taux de salarisation le plus bas se trouve dans la région Sofia avec 2,7% et le plus élevé est de 30% pour Analamanga.
Mirana Ihariliva