Les vols de bovidés font couler beaucoup d’encre ces derniers temps à Madagascar. Ils sévissent notamment dans le Sud, Sud-ouest, et le Moyen-ouest de la Grande île. La terreur fait partie du quotidien de la population dans ces zones « rouges » du fait que les malfaiteurs imposent leur loi.

La vie dans les zones rouges est loin de tout repos. La population locale subit  la loi du plus fort. Les bandits armés, dont la plupart utilisent des fusils de chasse ou des armes de guerre comme les Kalachnikovs et Mass 36, ainsi que des armes blanches comme des sagaies et/ou des haches, font ravage sur leur passage. Habillés comme de simples paysans, les voleurs de bétail se distinguent par leur brutalité.

Isolement
« Ils n’hésitent pas à tirer sur vous quand ils se trouvent face aux résistances. Les voleurs de bœufs sont des criminels de grand chemin et la vie humaine passe au second plan », affirme Renata, un « patron-na omby » ou un business man dans le secteur bovin. Ce père de famille réside à Ambohitromby, dans le district de Fenoarivobe mais il opère également à Ankazobe. « Je viens mensuellement au marché de zébu d’Ampanotokana pour vendre du bétail. Je suis propriétaire et je démarche parfois pour avoir le maximum de bénéfices », déclare-t-il. Mais, comme tant d’autres hommes d’affaires et éleveurs, residant dans cette zone rouge, il  affirme  aussi être victime de l’insécurité, qui constitue un grand obstacle au développement du secteur. «Il y avait des moments où les voleurs de bœufs font répression. Nous sommes obligés de dormir dans les champs la nuit alors que nous travaillons dur pendant la journée pour subvenir à nos besoins. Nous sommes à la fois cultivateurs et éleveurs c’est-à-dire la question humanitaire n’existe plus », déplore cet opérateur.

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Périodique
Cette situation affecte énormément le rythme de vie des habitants du milieu rural surtout pour les enfants. Il arrive parfois que les écoles ferment leurs portes car les fonctionnaires refusent de travailler dans les zones rouges. « D’ailleurs, les dahalo, n’aiment pas les vazaha ou ceux qui ne sont pas originaires de la région. En conséquence, ils mènent des représailles envers les villageois, en incendiant des habitations ou des infrastructures administratives comme les écoles », communique Elias Rabenadrasana, un instituteur retraité dans la commune de Fihaonana.

Le choix d'un lieu d'habitation favorise aussi  les actes de banditisme

Le choix d’un lieu d’habitation favorise aussi
les actes de banditisme

Les vols de bœufs ne durent pas normalement toute l’année.  Selon les témoignages que nous avons recueillis dans certaines zones rouges de la région de Vonizongo et Bongolava. Ils deviennent périodiques et dépendent des  conjonctures politiques qui prévalent au pays. « Nous constatons une hausse des actes de banditisme notamment les vols de bœufs durant les périodes de soudure c’est-à-dire au moment où les récoltes prennent fin et qu’on devrait attendre la prochaine saison de cueillette », confirme Jean Razafimanjanto, un chercheur en sociologie, à l’université d’Antananarivo. « Le chômage constitue également un facteur majeur. Les jeunes n’ont rien à faire pendant cette période de transition et ils optent pour l’argent facile en dérobant du bétail et le vendre à prix réduit », explique Jeannot Fils Raharinirina, un tangalamena.
Dans la région de Vonizongo, d’autres facteurs se rejoignent aux aspects socioéconomiques. Il s’agit de sa position géographique où il se trouve au centre des trois régions : Alaotra Mangoro, Bongolava et Betsiboka, où les vols de bœufs demeurent à la tête de liste concernant les actes criminels enregistrés au niveau de la Gendarmerie nationale. Selon une statistique provisoire de chaque groupement, une brigade enregistre, plus de trois cas de vols de bœufs par mois au minimum, dans chaque commune.

Riana Randrianarisoa