La réforme de l’éducation nationale  perturbe l’esprit des parents d’élèves. Les uns croient en sa réussite si l’État engage les moyens nécessaires. Les autres restent sceptiques puisque le pays sera toujours en retard par rapport à la mondialisation

Personne ne peut encore crier victoire. Le ministre de l’Éducation nationale, Paul Rabary, a présenté la semaine passée au Sénat, le Plan sectoriel de l’éducation (PSE). Son institution marque déjà un coup avec la mise en œuvre du nouveau programme d’apprentissage de la langue anglaise dans les lycées à partir de la nouvelle année scolaire. Mais cela ne signifie pas que la réforme éducative sera effective dès demain. Le ministre s’est toutefois basé sur le Rapport d’État du système éducatif national (Resen 2004-2014) pour pouvoir avancer de nouvelles stratégies dans le PSE. Ce rapport dévoile à la fois un système éducatif discriminatoire, partial et inefficace. « Sur une comparaison entre 40% de jeunes issus de familles défavorisées et 40% de jeunes nantis, une faible proportion de jeunes du premier groupe accèdent à l’éducation. Leur intégration dans le niveau préscolaire pourrait baisser jusqu’à 24%. Ensuite, 5% d’entre eux arriveraient au niveau primaire. Leur chance d’être insérés au collège pourrait s’estimer à 11% contre 19% à l’entrée au lycée. En conséquence, une poignée de jeunes poursuivraient leurs études supérieures. Les enfants urbains ont ainsi un large avantage en matière de scolarisation contrairement aux ruraux », émet le rapport. Ce qui amène ensuite aux mauvais résultats scolaires car le taux de redoublement au primaire s’évalue à 20,9% contre 13,6% et 11,2% respectivement dans les collèges et les lycées selon le Resen. Et le taux de réussite stagne autour de 70% pour le CEPE et 40% pour le BEPC. Tout cela s’explique par la malnutrition des élèves, l’éloignement entre l’établissement scolaire et le domicile ainsi que l’absentéisme des enseignants. « L’éducation devrait modifier les problèmes socioéconomiques, culturels et structurels. L’urgent s’appuie sur une éducation qui répond aux besoins de la société qui évolue suivant les valeurs culturelles, d’une part, et qui avance avec les pays voisins, d’autre part », indique Paul Rabary.

Défis
« Éducation pérenne, accessible à tous, apprentissage tout au long de la vie, accroissement du savoir-faire, formation de jeunes opérationnels sur le plan social, économique et environnemental, formation de citoyens responsables et garants du changement de comportement et acteurs de développement », telle est la vision du ministère de l’Éducation nationale. Cette entité présente quelques défis à relever pour la bonne réussite de la réforme éducative, tels que le développement progressif de l’écriture, de la lecture et du calcul; la mise en place d’une éducation fondamentale de qualité d’une durée de neuf ans, celle d’un enseignement au collège de qualité pour tous, la participation à l’organisation d’une éducation non formelle, la valorisation de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, l’effectivité de la mise en place du système Licence-master-doctorat (LMD) conforme aux normes internationales ainsi que l’accès équitable à l’enseignement supérieur ; l’établissement d’une structure d’accompagnement pour l’employabilité des diplômés ainsi que l’adéquation de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique aux besoins du développement… L’opérationnalisation du PSE se conformera aux textes réglementaires comme la Convention internationale des Droits de l’enfant à la Constitution de la IVe République, au Code du Travail ainsi qu’au pacte de l’éducation qui statue trois axes stratégiques, à savoir une réorientation de l’éducation, une qualité de l’éducation, une éducation accessible et inclusive.

« Le retour en arrière un tare pour nos enfants »

« Nous avons fait beaucoup d’efforts pour apprendre aux enfants à travers la langue d’enseignement, le français. Nous faisons marche arrière si nous pensons changer la langue d’apprentissage par la  langue malgache », affirme Josiane Rafidison, enseignante à l’école Saint Ignace de Loyola à Antanimena. En tant qu’enseignante,?elle pense que c’est la réussite menant vers l’étranger qui compte pour les enfants. « Quand nous apprenons à nos enfants, nous voudrions qu’ils réussissent et qu’ils sortent du pays pour se perfectionner dans d’autres spécialités. À mon avis, la plupart des jeunes qui sont partis à l’étranger parle couramment le malgache, mais maîtrise également?d’autres langues », ajoute-t-elle.
En effet, la malgachisation ne date pas d’hier, elle a été abordée à la suite des évènements de 1972. D’après elle, cela a détruit beaucoup d’enfants malgaches. « Il faut continuer ce que nous avons commencé pour le bien de la génération future », insiste-t-elle.
Pour celle qui a enseigné depuis trente ans, les enseignants Fram ne possède pas le charisme en tant qu’enseignant-éducateur, ils se présentent comme de simples salariés. De surcroit, il faudrait beaucoup plus de formation pour les enseignants si l’on veut vraiment rallonger le cycle à neuf ans. « Les formations psychopédagogiques aident beaucoup à améliorer l’enseignement », souligne-t-elle. Le basculement de la rentrée scolaire vers le mois de mars peut arranger les élèves ainsi que les parents. « L’amélioration de la vie familiale a un impact sur la vie des enfants. Il est préférable que les enfants rentrent le mois de mars pour éviter qu’ils ne dorment en classe à cause de la chaleur », affirme-t-elle.

Le Plan sectoriel concordant au cadre juridique

La mise en œuvre du Plan sectoriel de l’éducation ne va pas à sens unique. Elle s’effectuera suivant les textes existants. Les articles 28 et 29 de la Convention internationale des Droits de l’enfant stipulent que « les États-parties reconnaissent le droit de l’enfant à l’éducation et doivent rendre l’enseignement primaire obligatoire et gratuit, encourager l’organisation de différentes formes d’enseignement secondaire accessibles à tout enfant, assurer à tous l’accès à l’enseignement supérieur, en fonction des capacités de chacun ».
L’article 23 et 24 de la Constitution de la IVe République énoncent que « tout enfant a droit à l’instruction et à l’éducation sous la responsabilité des parents dans le respect de leur liberté de choix. L’État s’engage à développer la formation professionnelle. L’État organise un enseignement public, gratuit et accessible à tous.  L’enseignement primaire est obligatoire pour tous ».
L’article 100 de la loi numéro 2003-044 du Code du travail à Madagascar impose que « l’âge minimum légal d’accès à l’emploi est de quinze (15) ans sur toute l’étendue du territoire de Madagascar. Cet âge minimum ne doit pas être inférieur à l’âge auquel cesse la scolarité obligatoire. »

LOGISTIQUE

La réalisation de la réforme de l’éducation à Madagascar nécessite des  ressources tant humaines que logistiques. Quarante quatre mille enseignants Fram seront recrutés dans le cadre de la réalisation du PSE, 1 500 cents formations initiales appuieront ce recrutement, 520 000 guides pédagogiques seront vulgarisés. L’ouverture de 11 000  salles de classe dotées de 10 000 tables-bancs dans chaque capitale régionale sera effectuée pendant les trois premières années de l’application du PSE, soit 3 000 salles par an.

Angrage

La pratique sera privilégiée par rapport à la théorie dans le cadre du PSE. Les programmes porteront sur le civisme, la protection de l’environnement, la lutte contre la corruption, la prévention contre la grossesse précoce. Les manières de les transférer aux enfants  se feront à travers des activités péri-parascolaires. D’après le ministre Paul Rabary, les enfants ignorent l’environnement dans lequel ils vivent. « Il manque l’ancrage territorial », affirme-t-il.