Le nouveau ministre de la Sécurité publique vient d’être nommé. Le contrôleur général Mamy Jean Jacques Andrianisa  insiste sur le fait que chaque agent de police doit maîtriser son devoir

Avez-vous pressenti votre nomination ou avez-vous directement accepté le nouveau poste en raison de la situation qui prévaut dans le pays?
En tant que responsable, il faut tout prévoir surtout que le contexte actuel me force à me concentrer sur les éventualités. L’affaire Antsakabary nous accapare tous et l’environnement dans lequel nous vivons m’oblige à assumer les responsabilités qu’on me confère.

Comment avez-vous pris cette nomination exceptionnelle?
Il faut toujours se tenir prêt quand il s’agit de service. Je travaille de-puis des années au sein de la Police nationale et je me suis dit que, si un jour on me désigne pour occuper un tel poste, je procèderai à une réforme et je sais déjà ce qui m’attend dans l’accomplissement de ma mission.

Sur quelle vision comptez-vous administrer votre ministère?

J’opte pour deux visions, une mesure d’urgence pour pallier le problème actuel et une vision à long terme. Ma dizaine d’années, sinon plus, d’expérience m’offre des avantages et j’ai toujours donné la priorité au dialogue. Tout le monde peut discuter et se concerter, mais chacun de nous néglige la conversation et notre interlocuteur recherchera des solutions ailleurs.

Quelles sont alors vos priorités?
Nous ferons face à plusieurs défis. La première action concerne le redressement de la Po-lice nationale. Il touche particulièrement le comportement, le respect des règlements, l’amélioration des méthodes de travail et surtout la relation entre les agents et la population que nous devons renforcer. Que chaque élément maîtrise son de-voir.

 

D’après vous, quelle est l’action la plus urgente ?
Tout est impératif surtout la lutte contre l’insécurité dans les zones urbaines et rurales, mais le plus urgent reste l’affaire d’Antsakabary. Tout le monde en parle, mais souvenons-nous que porter atteinte à la Police nationale c’est toucher au pouvoir de l’État. Il faut tout gérer, allant de la Police nationale jusqu’aux victimes sur place.

Comment voyez-vous l’approche des agents de police ?
Il y a des cas que nous ne devons pas ignorer tels que la vindicte populaire qui tend à gagner du terrain. En ce moment, l’affront des éléments des forces de l’ordre en zone urbaine persiste. Nous pouvons citer l’exemple d’un conducteur qui refuse de montrer ses papiers à un agent de police. Cette attitude nous handicape dans l’exercice de notre fonction et il nous appartient d’en déterminer les rai-sons. Nous sensibilisons chaque agent du fait qu’il est là pour servir le public. En conséquence, il doit veiller à ce que sa relation avec autrui s’instaure convenablement.

Justement, que pensez-vous de la vindicte populaire qui se répand ?
Il vaut mieux d’abord s’enquérir des réalités sur le terrain, de l’origine de chaque cas. C’est à partir des résultats obtenus qu’on prend les dis-positions nécessaires. Il se pourrait que la population manque de confiance envers les éléments des forces de l’ordre. Notre département a mis en place l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) qui collecte les doléances qui mettent en cause le travail des agents de police. La population peut ainsi soumettre ses requêtes dans les boîtes à doléances et nous lui promettons que ces lettres nous parviendront. Nous les encourageons à nous faire confiance.

D’ICI DIX ANS, NOUS COMPTONS ÉTABLIR UNE POLICE NATIONALE MODERNE EN MESURE DE DOMINER LA CYBERCRIMINALITÉ

À part cela, que faut-il rectifier?
Le comportement des agents parce que certains sont en état d’ébriété pendant le service, d’autres agissent de manière honteuse vis-à-vis de la population, sans oublier la corruption. Nous allons prendre des mesures pour y remédier. Avant toute chose, nous comptons renforcer la formation et la conscientisation de chaque élément.

Comment expliquez-vous l’insécurité qui sévit un peu partout?

Les populations tant urbaine que rurale s’en plaignent. Le vol à la tire les empêche de travailler tranquillement. Nous ne pouvons pas non plus omettre le rapt. Tout cela nous revient. Notre rôle s’articule, entre autres, autour de la protection des côtes afin de prévenir les différents trafics de ressources naturelles, la traite de personnes, une prévention que nous devons raffermir. Nous allons également insister sur le contrôle des étrangers qui séjournent à Madagascar.

Avez-vous fixé un deadline pour réaliser ces actions ?
Nous nous efforçons de les régler dans les meilleurs délais pour qu’aucun délit n’entrave la vie quotidienne de chaque citoyen. Nous combattons les actes de banditisme ainsi que les trafics afin que chaque personne puisse rentabiliser ses activités.

Qu’en est-il de votre projet à long terme?

Nous envisageons de mettre en place une structure moderne pour que chaque agent de po-lice soit à l’affût des nouvelles techniques. Tout évolue et chacun mérite de travailler à ce rythme. D’ici dix ans, nous comptons établir une Police nationale moderne en mesure de dominer la cybercriminalité.

Propos recueillis par Faniry Ranaivoson