Face à la crise universitaire qui désavantage les étudiants, la première responsable de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique rassure que son institution veille à ce que la paix sociale se restaure. Une nouvelle décision prescrit l’harmonisation de la vie universitaire. Bien avant le déroulement du baccalauréat, les candidats se sont inquiétés de la probabilité d’annulation de l’examen. Quel rapport existe-t-il entre cette session 2015 et les enseignants-chercheurs ?
Comme tous les ans, la préparation du baccalauréat commence dès le mois de février avec l’ouverture des inscriptions. Lorsque le nombre de candidats est déterminé, les organisateurs les répartissent dans les centres d’examen. Cette année, nous avons recensé 166 998 candidats dans 252 centres et nous avons fait en sorte que la proximité des centres résolve le problème d’éloignement afin de soulager les difficultés des parents et des candidats. La question d’annulation de l’examen était une rumeur. Nous tenons à préciser que l’organisation du baccalauréat implique à la fois les ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique et de l’Enseignement technique, ainsi que le Syndicat des enseignants-chercheurs et chercheurs-enseignants de l’enseignement supérieur (Seces). Les enseignants du lycée élaborent les sujets, corrigent les copies tandis que les membres du Seces siègent en tant que chefs de centres et présidents du jury. Mon département est le premier responsable de l’engagement de dépenses car il délivre le premier diplôme de l’enseignement supérieur qui est le baccalauréat.
On note cependant l’absence de plusieurs candidats. Est-ce relatif à la rumeur ?
Cela pourrait s’expliquer par le fait que les jeunes candidats des classes de Première et les candidats libres pensent que participer à l’examen est inopportun et ils ne se sont pas présentés aux épreuves. Autrement, la correction se déroule sans problème parce que des éléments des forces de l’ordre garantissent la sécurité et des caméras de surveillance sont installées dans les centres de correction, de saisie et de traitement des notes.
Certains candidats affirment qu’ils ont trouvé les épreuves difficiles cela prouve-t-il que le niveau des étudiants a rétrogradé ?
Seuls les résultats justifient cela. Les parents et les élèves se sont laissés tenter par les cours d’appui alors que ceux donnés en classe étoffent leur savoir. Les deux ministères de l’enseignement déploient leurs efforts pour améliorer la qualité de l’enseignement car les élèves bien façonnés à la base peuvent assimiler facilement l’acquisition de connaissances une fois à l’université. Voilà pourquoi les facultés, écoles et départements arrangent les tests de niveau et les concours pour gérer le flux et pour sélectionner les meilleurs.
Les différentes grèves et manifestations ont perturbé le calendrier académique. Quelles mesures avez-vous prises pour ramener l’ordre dans le planning de chaque université ?
Les 28 et 29 août, la Conférence des présidents ou recteurs d’institutions de l’’enseignement supérieur s’est tenue à Toamasina pour analyser les situations, fixer les recommandations et suggestions pour une meilleure vie universitaire. En marge de cette rencontre, nous avons décidé la reprise des enseignements effective à compter du 1er  septembre dans les établissements concernés afin de permettre la finalisation de l’année universitaire 2014-2015. Les efforts d’harmonisation du calendrier de la rentrée universitaire décidée par la Conférence des recteurs en 2014 doivent être poursuivis. Celle-ci attire ainsi l’attention de tout un chacun sur la nécessité de responsabiliser les divers acteurs pédagogiques à chaque niveau, pour l’application de cette résolution en se référant à la loi n°95-022 du 6 septembre 1995, portant statut des enseignants et chercheurs de l’enseignement supérieur, en son article 9 : « Les enseignants et chercheurs de l’enseignement supérieur jouissent des libertés académiques et de la franchise universitaire et ne peuvent être inquiétés en raison des activités scientifiques et pédagogiques qu’ils accomplissent. »
La reprise des cours signifie-t-elle alors que le problème du Seces est dûment résolu ?
La suspension des cours a un impact grave sur la vie des étudiants. Les ministres des Finances et de l’Enseignement supérieur se sont rencontrés et ont accordé la priorité des priorités au Seces. Les membres du syndicat se sont réunis lors d’un conseil national et ils ont convenu de revendiquer deux autres points et lancé un ultimatum jusqu’au 14 septembre. Et si certains de leurs collègues assurent leurs cours, ceux en situation de maintien- lesquels perçoivent régulièrement leur salaire- figurent parmi les grévistes. Le Seces fait partie des syndicats de fonctionnaires et un statut les réglemente.
Quels autres points saillants ont été soulevés au cours de cette conférence ?
Nous avons discuté de l’enseignement numérique qui accompagne le système Licence-master-doctorat (LMD) concernant la connexion, de la propriété de l’université squattée par de tierces personnes, du déroulement du baccalauréat organisé par chaque université, des peines encourues sur la falsification de certificats, d’attestations et de diplômes, de la reconnaissance des diplômes du LMD par les écoles nationales pour que les étudiants n’aient plus à demander une équivalence. Nous avons également cogité sur la tenue d’un championnat national universitaire alliant sport et culture, du 22 au 25 octobre à Fianarantsoa, afin de valoriser les compétences des étudiants.
Depuis quelques années le mot LMD circule, où en est le ministère concernant l’application du système
Nous avons finalisé le texte qui nous permet de mettre en application légale le système. Nous ne pouvons pas espérer des résultats dans l’immédiat car il s’agit d’un système évolutif et il faut un début à tout et exploiter les moyens disponibles. L’effectif des étudiants augmente et il leur faut une structure et infrastructures pérennes, une connexion convenable par le biais de la couverture Wifi, la raison pour laquelle nous avons réhabilité des centres et créé des universités annexes. Nous avons aussi équipé le nouveau logement universitaire de mobiliers et une commission se charge déjà de la distribution de box aux étudiants bénéficiaires.
Toujours en parlant du système LMD, comment s’organise le ministère dans le suivi des instituts et universités privés en matière d’habili­tation ?
Toutes les formations universitaires nécessitent une habilitation. Chaque établissement doit d’abord s’occuper de l’habilitation avant de procéder à l’ouverture. Mais la plupart du temps, les instituts ouvrent leurs portes et ce n’est qu’au moment où ils délivrent leurs attestations et certificats à leurs sortants, qu’ils se précipitent vers le ministère pour demander l’habilitation de leurs filières. Les parents doivent se méfier de la publicité de certains établissements qui mettent en exergue « Agréé par l’État », « Homologué par l’État » ou encore « Accrédité par l’État ». Et justement, au sujet de l’accréditation, aucun institut ni université ne l’a encore décroché car il faut tout d’abord remplir certaines conditions et attendre l’évaluation du ministère.
Quelles mesures votre département va-t-il adopter pour que l’harmonie et la paix soient renforcées au niveau des universités ?
La priorité consiste à mettre en place l’autorité institutionnelle qui proclame que les étudiants ne sont guère propriétaires des biens des universités publiques et des bâtiments qui appartiennent à l’État. Le ministère de tutelle prône ainsi que l’enseignement supérieur est le réel moteur de développement par l’excellence et l’innovation. Nous avons travaillé sur la paix sociale pendant une année entière en rétablissant l’ordre à Mahajanga. Des étudiants incités par les enseignants à faire la grève ou encore des étudiants qui acceptent de sacrifier leur vie pour une reprise des études, ne figurent pas dans une suite logique des choses. Certaines personnes considèrent encore les universités comme des foyers de tension et manipulent des étudiants pour arriver à leurs fins. Nous faisons notre possible pour inverser cette tendance et pour redorer l’image et la valeur des étudiants, des enseignants, des chercheurs ainsi que des membres du personnel administratif et technique.

Propos recueillis par Farah Randrianasolo