François FIllon, candidat des Républicains et du Centre à la présidentielle française, n’arrive plus à se dépêtrer de la boue de ses affaires. Les révélations du Canard Enchaîné sur les emplois fictifs de sa femme et de ses deux enfants, ont conduit à sa mise en examen. Et même s’il a juré sur le plateau du 20 heures de TFI de renoncer à la course pour l’Élysée si tel a été le cas, François Fillon persiste et signe qu’il représente des millions d’électeurs de la primaire de la droite. En dépit des cascades de défections dans sa garde rapprochée et malgré les appels pour une décision sage et honnête, il a trouvé une esquive des plus astucieuses. Réunir ses partisans au Trocadéro pour une démonstration de « farce », pardon de force.

L’attrape-nigaud a bien marché. Des réticents comme le trio composé par Xavier Bertrand- Valérie Pécresse- François Baroin, décident de faire bloc derrière François Fillon. Et Gérard Larcher, grande gueule des Républicains, a annoncé le soutien indéfectible de la droite au candidat unique devenu inique. Mais à peine débarrassé de cette grosse épine à son pied, même s’il stagne à 19 % des intentions de vote au premier tour, selon différents sondages d’opinion, derrière Marine Le Pen du Front National et Emmanuel Macron du mouvement « En marche », François Fillon a été rattrapé par sa somp- tueuse garde-robe. De luxueux costards offerts par des hommes d’affaires qui lui sont proches. Moins clin- quants que la gourmette d’Omar Bongo pour Valéry Giscard d’Estaing, mais dérangeant sur l’aspect d’éthique. Rien d’illégal ni de répréhensible, mais un chapitre peu glorieux ternissant davantage son image déjà peu reluisante.

Et lui qui voulait décaler les débats sur les programmes des candidats, au lieu de s’attarder sur les bruits de casseroles des uns et des autres, n’a pas pu tirer son épingle du jeu lors du tour de table à cinq sur TFI. Avec les journalistes Gilles Bouleau et Anne Claire Courdray aux manettes. À l’issue de ce premier round, dénoncé par les petits candidats pour un assassinat de la démocratie par son caractère sélectif, c ’ est Emmanuel Macron qui sort vainqueur des invectives verbales, si l’on se réfère aux réactions à chaud des téléspectateurs. Il reste encore plus d’un mois pour François Fillon pour renverser la vapeur. Or, des analystes soulignent qu’avec ces 19%, il a déjà épuisé presque la tota- lité de ses viviers de voix. Peu ou pas de marge de progression donc.

Marine Le Pen semble être la mieux placée pour disputer le second tour, voilà pourquoi les attaques et les piques acérées se dirigent contre Emmanuel Macron, donné favori pour être le challenger à même de contrecarrer la vague bleue. Donnée perdante au second tour, Marine Le Pen est ainsi plus ou moins épargnée par les flèches empoisonnées. Benoît Hamon et Jean Luc Mélenchon, pour sauver les meubles éparpillés de la gauche plus que jamais fracturée, ont signé un pacte « officieux » de non- agression.

L’autre hantise déjà avancée, le spectre agité serait l’éventuelle absence d’une majorité à l’Assemblée nationale en cas de victoire du « banquier » Emmanuel Macron. De grands perdants des coulisses du pouvoir comme Manuel Valls, qui a poussé François Hollande à jeter l’éponge bien avant de monter sur le ring de la primaire de la gauche et qui refuse de choisir entre Benoît Hamon et Emmanuel Macron, peuvent ressurgir aux législatives. Avoir une conduite irréprochable et une moralité indiscutable aux yeux de l’opinion publique française semble être la condi- tion sine qua none pour franchir le perron de l’Elysée en vainqueur. François Fillon semble avoir oublié les déboires d’un certain Dominique Strauss-Kahn. Promis à un bel avenir politique, mais trahi par ses pulsions sexuelles.

Eric Ranjalahy