La communauté internationale soutient sans réserve Marc Ravalomanana. Estimant qu’il a été victime d’un coup d’État fomenté par Andry Rajoelina,  une poignée de militaires armés jusqu’aux dents, avec la complicité des politiciens persécutés par le « Roi du yaourt » durant son règne sans partage au pouvoir. Mais Marc Ravalomanana ne peut se prévaloir d’être le seul président de la République élu démocratiquement, déchu de ses fonctions avant de terminer son mandat. Loin s’en faut.
Le 11 septembre 1973, une date déjà historique avant celle de 2001, le général Augusto Pinochet, à la tête de ce que le Chili compte de forces armées, des artilleries lourdes utilisées par des troupes au sol, appuyées par des régiments aéroportés, ont pris d’assaut le palais présidentiel de la Moneda à Santiago où était retranché le président Salvador Allende, le premier chef d’État investi à la magistrature suprême par la voie des urnes, en Amérique latine à cette époque. Face à une telle orgie, un véritable déluge d’arsenal, Salvador Allende n’a eu d’autre choix que de pousser ses gardes rapprochées à se rendre aux mains des assaillants, avant de se suicider dans les décombres des bombardements, des éclats d’obus et des sifflements de balles.
Les films documentaires qui relatent cette journée tragique, ont révélé, attesté sans équivoque, que les services secrets et de renseignements américains étaient de mèche avec le général Augusto Pinochet. Ils ont mis leur savoir-faire et leur expérience au service du général putschiste. Et Washington, avec une Constitution si stricte sur le respect des dogmes de la démocratie et les droits de l’homme, a applaudi les tortures, les assassinats sans procès, les éliminations physiques perpétrés par la junte militaire chilienne à l’encontre des partisans de Salvador Allende, qui voulaient résister à la dictature naissante. Combien de familles n’ ont-elles pas perdu plusieurs de leurs membres dans cette chasse à l’homme d’une atrocité innommable, souvent ensevelis dans des fosses communes découvertes plusieurs années après les faits.
Les dirigeants des pays occidentaux, défenseurs autoproclamés de la démocratie, si épris des considérations relatives aux droits de l’Homme, ont fermé les yeux sur le massacre des opposants chiliens. En pleine guerre froide, les États-Unis ne pouvaient tolérer l’émergence d’un régime proche de l’URSS à leur porte. Une éventuelle propagation de « la marée rouge » dans la région aurait pu déstabiliser les États-Unis dans le contexte baptisé « l’équilibre de la terreur » ou « la coexistence pacifique », un accord tacite passé avec l’URSS. Sur fond d’une course infernale aux armements.
Il fallait en finir avec Salvador Allende. Pour protester l’usage de ces violences aveugles, l’URSS a refusé de jouer le match de barrage éliminatoire de la phase finale de la Coupe du Monde de football 1974, programmée en République fédérale d’Allemagne, face au Chili, qualifié sur tapis vert. Le stade devant accueillir le match retour à Santiago, a été le théâtre de nombreuses exécutions des militants de gauche ! Une contestation trop insignifiante, unilatérale pour éveiller la conscience mondiale. Augusto Pinochet, pour se soustraire des jugements derniers, la fin logique des dictateurs de sa trempe,  a été hissé au rang de sénateur à vie. Les États-Unis et les Occidentaux ont été aux petits soins avec lui jusqu’à son dernier souffle. Il a été traité dans de  prestigieuses cliniques, comme si l’avenir du monde entier dépendait de sa résistance à une longue maladie qui l’a poursuivi !
En érigeant un parallélisme de forme  au cas de Madagascar, le 17 mars 2009, il apparaît comme une évidence que ce qui s’est passé à l’Épiscopat d’Antanimena n’a rien de commun à l’attaque du palais de la Moneda, le 11 septembre 1973. Pourtant, la saute d’humeur de quelques officiers furieux par la tournure des évènements dont le contrôle a commencé à leur échapper, a été suffisante pour amener Niels Marquardt, ambassadeur des États-Unis, à qualifier l’acte « de coup d’État ». Dans cette confusion dans la course au pouvoir, il reste une question éludée par tous : de quel droit et à quel titre Niels Marquardt et Dramé Tiébélé, émissaire des Nations unies, ont-ils pris l’initiative de procéder au transfert du pouvoir laissé par Marc Ravalomanana, à un directoire militaire tout à fait imaginaire, alors que la Haute cour constitutionnelle, HCC,  a été bien en place et fonctionnelle
Les rapports « accablants » envoyés par Niels Marquardt à ses supérieurs, ont conduit les États-Unis et la communauté internationale à sanctionner de manière excessive le régime transitoire présidé par Andry Rajoelina, un agneau comparé à l’affreux général Augusto Pinochet. Aujourd’hui en Égypte, le maréchal Al-Sishi est en passe d’incarner l’âme et l’esprit d’Augusto Pinochet. Il a renversé Mohamed Morsi, président démocratiquement élu, mais issu des Frères Musulmans. Il a organisé une parodie d’élection pour se tailler une légitimité populaire bâtie sur un régime de la terreur. Avec lui, quatre cent  « fidèles » de Mohamed Morsi vont passer sur l’échafaud.
Condamnation du bout des lèvres des autorités américaines, des chefs d’État de l’Union européenne et des membres du Conseil de sécurité des Nations unies. La stratégie adoptée par les puissances occidentales en Irak, en Lybie et en Syrie ont conduit à leurs frontières des réfugiés politiques par milliers. Elles ont désarçonné des dictateurs, mais les Djihadistes ont trouvé une occasion en or de s’engouffrer dans la brèche. Ils  contraignent les simples innocents, par leur barbarie, à trouver des pays d’accueil, loin des hostilités sur plusieurs fronts. Mais l’idée de la chancelière allemande, Angela Merkel, d’imposer des quotas de migrants pour chaque pays de l’Union européenne, soulève polémiques et controverses partout sur le vieux continent. Des émeutes ont éclaté entre pro et anti-migrants.  Les pays de l’Est sont les plus hostiles à ces partages inégaux du fardeau des réfugiés. Tout le monde ne peut afficher une croissance économique insolente comme l’Allemagne !

Eric Ranjalahy