Par la détérioration des termes de l’échange, Madagascar a été contrainte de s’endetter  auprès des bailleurs de fonds. La théorie de la cause à effet vient de Didier Ratsiraka. Pour faciliter la compréhension, il a expliqué que, dans les années 60, un sac de café équivalait au prix d’une 2CV ou d’une AMI-6. Le choc pétrolier des années 70, la nouvelle division mondiale du travail ont diminué les valeurs des matières premières sur le marché mondial, souvent des produits de rente. Ayant obtenu des lignes de crédit à faible taux d’intérêt, avec un délai de remboursement accordé sur le long terme, Didier Ratsiraka a trouvé une autre formule : s’endetter pour se passer de la dette.
Un précepte qui reconquiert aujourd’hui toute sa signification dans le cas de la Grèce. Jadis berceau d’une civilisation prospère, vivier de nombreuses personnalités pétries de savoir et de sagesse, la Grèce se débat maintenant, presque tous les jours sous le fardeau d’une dette financière évaluée à 313 milliards d’euros, soit 175% du Produit intérieur brut, PIB. Un ratio dépassant l’entendement. Les Grecs pensaient avoir trouvé un homme providentiel en la personne d’Alexis Tsipras, à la tête du parti Syriza, de la gauche radicale, quand celui-ci a été plébiscité aux législatives du mois de mai.
Il a promis de se défaire de l’étau des créanciers, en l’occurrence le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne, BCE. Mais très vite, la pression des pays de l’Union européenne, l’Allemagne d’Angela Merkel en tête, par une agitation du spectre de la menace de la Grexit, exclusion de la Grèce du giron de l’UE, Alexis Tsipras a fait marche arrière. Il a procédé à un référendum sur l’acceptation ou non des critères imposés par les bailleurs de fonds, sur fond d’austérité. En plus, il a sacrifié son ministre des Finances, Yaris Varoufakis, trop extrémiste au goût de ses vis-à-vis européens Le « oui » a gagné, a contrario, par rapport à l’espoir né de sa victoire aux législatives.
Et Alexis Tsipras a été encore obligé de passer par des législatives anticipées pour obtenir des aménagements de ces ardoises à effacer jusqu’en 2054. Il a encore eu la caution des électeurs, Syriza a obtenu 35% des suffrages exprimés. Une victoire relative qui lui permet de former un gouvernement de coalition avec le parti de droite souverainiste. Alexis Tsipras, par ces épreuves douloureuses- Syriza a été abandonné par plusieurs de ses militants, déçus par la volte-face de ses dirigeants- s’en est sorti grandi. Il apparaît comme le mieux armé à conduire la poursuite des surenchères avec « les usuriers ».
Sur le plan politique, il a osé mettre sur la balance de la démocratie ses acquis électoraux de haute lutte. Il a eu le courage de solliciter l’avis de ses concitoyens sur les réformes à engager avec le FMI. Au contraire des dirigeants malgaches successifs qui ont décidé de façon unilatérale, sous couvert de l’obligation de réserve, les couleuvres à avaler, les pilules amères des ajustements structurels. Seuls « les initiés » des relations avec Bretton Woods ont tenté d’éclairer les lanternes ou les vessies, par des explications souvent élitistes, parfois de très bonnes factures, incompréhensibles pour la majorité de ceux qui vont en subir les conséquences.
L’actuel régime n’a guère fait mieux. Ou plutôt, il a fait pire. Pour avoir les bonnes grâces des émissaires du FMI conduits par Marshall Mills pour la mission qui vient de s’achever mardi, il est important de respecter le chronogramme préétabli. Or, le gouvernement a été dans l’incapacité de présenter à la loi de finances rectificatives, LFR, au mois de mai, lors de la première session ordinaire de l’Assemblée nationale.
Un rendez- vous raté d’apparence anodine, mais aux effets dévastateurs pour l’image déjà écornée des tenants du pouvoir. Dispensés de la fastidieuse lecture des contenus de la LFR, les députés ont eu le loisir et le plaisir d’examiner d’autres textes. Comme celui relatif à la déchéance du président de la République, accusé de violations répétitives de la Constitution, de non-respect de la laïcité de l’État, de s’interférer dans les affaires internes de l’Assemblée nationale, et d’inefficacité dans la lutte contre la pauvreté. La fronde des députés a affaibli Hery Rajaonarimampianina dont le pouvoir fondé sur du sable mouvant, a vacillé. Tout cela sous les yeux des représentations diplomatiques. La crédibilité du régime à mener un programme gouvernemental cohérent, a été remise en cause.
Il lui a fallu rebondir sur le « Pacte de responsabilité », une trouvaille de la Haute cour constitutionnelle pour le sauver in extremis  de ce guêpier, afin de constituer une autre majorité introuvable à l’Assemblée nationale. Maintenant, le parti présidentiel se vante d’avoir « plus de mairies » que les autres. Mais a-t-on vu un gouvernement formé à partir des résultats des communales, dans un régime semi-parlementaire de surcroît. Sur le volet technique, les tergiversations du gouvernement autour de la LFR, privent les départements ministériels des ressources financières pour leur fonctionnement, à l’origine de la grève des enseignants-chercheurs,?soucieux d’avoir des garanties de leurs indemnités onéreuses pour « des services rendus à la nation ».
L’adoption de la LFR aurait pu former aussi l’ossature et l’esquisse de la fameuse « Lettre d’intention » à soumettre au Conseil d’administration du FMI. Car elle prévoit les « nouveautés fiscales » pour les contribuables dont seuls 20% seraient assidus à s’acquitter de leurs devoirs envers la nation. Le ministre des Finances Gervais Rakotoarimanana comble ce vide inquiétant par des déclarations rassurantes. Il n’y aurait pas d’augmentation des taux d’imposition. L’essentiel serait d’arriver à obtenir qu’un plus grand nombre d’assujettis s’acquitte de ses dus à l’État. Il ouvre ainsi un grand chantier de sensibilisation et de conscientisation auprès de la population. Une mission plus compliquée que le recouvrement fiscal lui-même !

Eric Ranjalahy