Un anniversaire qui n’a pas besoin d’être célébré. Quand bien même l’entrée de la téléphonie mobile dans le quotidien des Malgaches, vingt ans plus tard, a changé leur existence. À l’origine de cette  révolution technologique impensable à l’époque, la ténacité du ministre des Postes et télécommunications, Ny Hasina Andriamanjato. Il a commencé par améliorer les liaisons et certaines connexions  des téléphones fixes, partout dans le pays.
Pour la première fois de leur vie austère et sans relief, les Malgaches ont pu utiliser les publiphones avec des cartes à crédit. Ils s’en sont délectés.  De longues files d’attentes se sont formées devant ces petites cabines magiques, aujourd’hui vandalisées, devenues même des urinoirs publics. Il est loin le temps où pour téléphoner aux proches en dehors de la capitale, il fallait attendre des heures et même des jours  pour les avoir. Le fameux « le numéro demandé n’est pas en service », au bout du fil, a été révolu. D’une année à l’autre, la téléphonie fixe, avec ses améliorations techniques indéniables,  a quelque peu perdu de sa superbe,  par le fait que le même Ny Hasina Andriamanjato, a insisté pour l’entrée du pays dans une nouvelle ère. Celle des téléphones portables. Sans fil. Un vrai émerveillement pour les premiers utilisateurs.
Au départ, une seule société, Telecel, a eu le monopole du marché, tout à fait vierge. La facturation forfaitaire  a été indexée en dollar. S’y ajoutent les coûts mensuels de consommation des abonnés. Avec des appareils qui avaient l’allure de talkies-walkies, sans autre fonction que de recevoir et d’envoyer des appels. Seuls les rares nantis de la société ont pu accéder à ce privilège d’un autre genre. Toujours imbu de vantardises, Didier Ratsiraka, revenu au pouvoir après quatre années de traversée du désert en exil à Paris, s’est baladé avec sa valise satellitaire, durant ses tournées régionales. Et s’il a reconduit Ny Hasina Andriamanjato dans le gouvernement alors que son père a soutenu  le  Pr Albert Zafy pour jeter l’Amiral par-dessus bord, c’est que le fils du bouillant pasteur a été le seul ministre du gouvernement de Francisque Ravony à lui rendre visite dans son HLM parisien.
En dépit des réticences des bailleurs de fonds, estimant qu’il existe d’autres priorités et que le faible pouvoir d’achat des Malgaches ne pouvait supporter les coûts des télécommunications. Une hypothèse plus ou moins plausible, mais démentie par la suite par l’arrivée d’autres opérateurs. Antaris, l’ancêtre d’Orange Madagascar, Madacom, racheté par Celtel, puis repris par Airtel, Telma et Bip plus tard. Il s’agit des résultats probants de la privatisation des activités des télécommunications.
Pour mesurer le chemin parcouru en deux décennies, quelques chiffres importants. Une puce d’entrée en 1997 revenait à 75 000 ariary, un téléphone Alcatel première génération avec une seule option le SMS, se vendait comme des petits pains pour 300 000 ariary. Maintenant, la carte Sim est presque gratuite, 1 000 ariary avec 500 ariary de bonus d’appel. Et avec 300 000 ariary on peut avoir un Smartphone et ses innombrables applications, internet, appareil photo et vidéo, jeux, paiement et encaissement d’argent par mobile money, etc. Le slogan, le monde à portée de la main, trouve ici toute sa signification, au-delà de l’aspect publicitaire. Le 4G et les derniers spécimens de Smartphone débarquent quelques jours après leur lancement à l’extérieur.
Les usagers des télécommunications et des nouvelles technologies de l’information ont bénéficié de ce que l’on entend par économie d’échelle. Plus ils sont nombreux par la concurrence des fournisseurs d’accès, leurs factures ont été partagées pour s’adapter à la capacité de toutes les bourses. Un seul opérateur revendique sept millions de fidèles clients. Par la multitude des offres, de jour comme de nuit, chacun peut trouver la formule qui lui convient le mieux car répondant à ses besoins. En outre, ce progrès exponentiel a été accompagné par des créations d’emplois. Des boutiques spécialisées aux revendeurs agréés, en passant par les « gérants » des taxiphones, c’est toute une communauté qui vit des activités gravitant autour de la téléphonie mobile. Et si Madagascar devient le nouvel eldorado de l’outsourcing, plus connu sous l’appellation de call-center, le revirement de 1997 y a été pour beaucoup.

Par Eric Ranjalahy