Les écoles privées et publiques rouvrent leurs portes pour une nouvelle année scolaire. Hormis les fournitures scolaires habituelles, elles exigent le port d’un uniforme. Une charge supplémentaire pour les parents, certes,  mais une affaire très juteuse pour les couturiers.Sur un même pied d’égalité. C’est dans ce but et surtout afin d’alléger les parents dans leurs lourdes tâches, que les écoles mettent à la disposition des élèves des tenues, du prêt-à-porter. Les parents ne sont plus obligés de recourir à  un couturier pour s’en procurer. Une charge supplémentaire pour les parents, sans doute, mais c’est l’une des périodes où les ventes de vêtements de confection sont les meilleures. Ce sont surtout les établissements privés chrétiens qui sont très exigeants sur le tissu, la couleur, le modèle, la coupe du tablier.
Les petites entreprises de confection sont submergées par les commandes qui peuvent porter sur 600 pièces de tenue écolière. Durant cette période, ces ateliers  doivent recruter des temporaires afin de pouvoir livrer à temps les commandes. Parfois, ils sont également obligés de faire appel à des sous-traitants. Mais seule une  qualité garantie du travail reste leur grand souci car chaque entreprise a sa propre façon de travailler.

AMICALES
Bodo dirige un atelier de ce genre. « J’ai hérité le métier  de mes parents. Encore très jeune, pendant les  vacances, aider ma mère a été l’un de mes passe-temps favoris. Plus tard, après mon mariage, j’ai décidé de prendre la relève. Au début, comme toute activité lucrative, la vente n’était pas extra, mais plus on améliore la qualité des articles, plus on décroche un nouveau marché. Et encore, il faut bien maîtriser les demandes de chaque client, car elles peuvent changer d’une région à l’autre et d’une activité à l’autre. À l’heure actuelle, je reçois beaucoup de commandes d’uniformes scolaires, venant surtout des écoles catholiques. Une seule institution commande plus de 500 tenues de différentes tailles. Mon équipe n’arrive pas à absorber ce volume de travail, et j’ai sollicité l’aide d’un confrère de la confection. Mais là encore, il faut assurer l’homogénéité de la qualité du travail et donc surveiller de près les employés, tout en s’occupant des travaux de couture quotidienne. »
Avec la rentrée scolaire, les couturières sont obligées de faire le tour des magasins pour  s’assurer du rapport qualité/prix afin  de rentabiliser  leurs petites entreprises. Pour les tabliers scolaires, les clients montrent une préférence accrue pour le tergal épais  pour les garçons, et la crêpe-geogette  pour les filles. Toute une variété de tissus est disponible au marché, mais leur qualité  varie en fonciton du pays d’origine et du prix. Le choix reste difficile du fait de l’existence des produits dits de marque, mais fabriqués dans les pays asiatiques. Or le moindre dérapage dans le choix est toujours fatal, surtout en ce qui concerne les fils à coudre.

La confection rapide attire la clientèle

La confection rapide attire la clientèle

Le temps de fabrication peut doubler voire tripler dès que le fil casse. Il en est de même des tissus pour les jupes plissées. À part ce problème de fourniture, les couturières gèrent la durée du délestage de la fourniture du courant électrique. Deux heures d’arrêt de travail pour chaque employée affecte considérablement le délai de livraison de la commande. L’atelier de confection,  depuis un certain temps, n’a plus qu’une alternative: prendre une large marge de manœuvre et perdre le client car la concurrence est rude, ou fixer une date sans tenir compte du délestage. C’est pourquoi les couturières sont souvent obligées de travailler jour et nuit pour rattraper toutes les heures d’arrêt dues à la coupure de courant.
Voahangy, une couturière qui travaille dans un atelier de confection, en parle d’ailleurs.   « À l’approche de la rentrée scolaire, nous n’avons plus de temps pour manger car les clients sont très strict concernant  le délai de livraison des tenues scolaires. Tout est chronométré, à une minute près, afin de donner satisfaction à la clientèle. Dans le cas où nous avons un problème sur la qualité des fournitures, nous n’hésitons pas à les remplacer afin de livrer à temps les articles. Le grand problème à gérer, c’est le délestage qui tombe à n’importe quel moment de la journée et qui dure souvent presque deux heures. Or un arrêt de travail de cette durée est fatal pour les petites entreprises comme la nôtre, coincée entre les exigences du client, la concurrence et les autres aléas que nous ne maîtrisons pas. Nous n’avons d’autre possibilité que de rattraper les arrêts de travail de la journée en travaillant la nuit. Mais quand la fatigue nous guette, nous commettons souvent des erreurs. Néanmoins, c’est un métier qui promet un bel avenir. »
Depuis un certain temps, le port de l’uniforme à l’école est redevenu à la mode, surtout dans les établissements privés. Le but est d’éviter que les élèves soient complexées par la richesse ou la pauvreté de leurs vêtements, de leur donner la même chance de réussir quel que soit le statut social de leurs parents, et d’identifier  l’institution. C’est l’image de l’établissement que les élèves offrent à travers leurs uniformes. Et si les parents doivent débourser des frais  supplémentaires elles constituent une affaire très juteuse pour ceux travaillant dans la confection.

Christian Rija