Jean Louis et Cyrille sont de vieux loups du lavage automobile. Ils n’ont pas d’espace aménagé, ni de matériel sophistiqué, mais leur travail n’a rien à envier aux stations spécialisées. Les deux familles respectivement de deux et de huit enfants, sont fières d’avoir ce métier ambulant qui arrive à couvrir leur mois.

À 5 heures du matin, Cyrille quitte sa famille chaque jour pour rejoindre un terrain vague ou un simple espace où il peut pratiquer son travail de nettoyage de voitures. Il a deux seaux en plastique, quelques chiffons et un morceau de sac de riz et il n’a plus qu’à attendre  son premier client. Il a appris le métier sur le tas. Depuis l’année 2005, Cyrille peut compter sur une clientèle fidèle qui l’appelle sur son téléphone portable à chaque fois qu’elle a besoin d’un nettoyage complet pour ses voitures.
À l’époque, peu de gens sont dans la profession et pour trois heures de travail bien fait, Cyrille gagne jusqu’à 25 000 ariary. Mais depuis un certain temps, la concurrence est rude et il doit allonger la liste de ses clients  fidèles, s’obligeant à une nouvelle conquête de marché. À chaque conducteur qui passe  devant son lieu de travail, il n’hésite pas à proposer un lavage. Le sourire, l’accueil et la rigueur constituent ses atouts.

VARIABLES
Le coût de  son service varie suivant le niveau de vie de chaque client. Pour le lavage complet extérieur et intérieur d’une berline de plus de dix ans, il demande 5 000 ariary, mais un client qui conduit un véhicule tout terrain, est certain de débourser jusqu’à 20 000 ariary, y compris les moquettes, et tout cela avec le minimum de matériel. « Comme je n’ai pas bien réussi dans mes études, il m’a fallu trouver un emploi à ma portée. Je n’ai pas hésité un instant à pratiquer ce travail ambulant de lavage de voitures. Au début, j’ai vraiment ramé, car presque toutes les stations de carburant proposaient le même service. Elles sont équipées de sur-presseur, d’aspirateur et d’air comprimé. En peu de temps, elles arrivent à nettoyer les voitures. Alors il m’a fallu me débrouiller avec les moyens de bord. Une éponge, un morceau de sac en plastique et deux chiffons pont fait l’affaire. Par la suite, j’ai pu améliorer la qualité de mes services. Et si auparavant, ce sont surtout les gens de la classe moyenne qui venaient vers nous, actuellement, même les gros 4×4 recourent à notre service. Ce n’est pas encore la belle vie, mais ma famille peut manger à sa faim. Mon seul souci actuel, c’est l’interdiction décidée par la commune. C’est vrai qu’il y a des règles à respecter, mais est-ce plus important que la vie de plusieurs familles   Nous sommes prêts à nous soumettre aux exigences des autorités, mais laissez-nous au moins gagner honnêtement notre vie. »
Pour faire face à la concurrence, Cyrille n’a plus comme  choix que de donner le maximum de satisfaction à ses clients. Outre une bonne qualité du service, ces derniers exigent un travail réalisé en un minimum de temps, car le temps, c’est de l’argent. C’est pourquoi Cyrille et Jean Louis décident de travailler ensemble pour accélérer le rythme du lavage.
Jean Louis est père de huit enfants. Il est dans ce métier depuis 1991, et comme Cyrille, c’est avec cette profession qu’il fait vivre sa famille. Pour lui, c’est le seul moyen se subvenir aux besoins de sa famille. Jean Louis est correct envers sa clientèle et il se souvient que maintes fois, le client laisse traîner des billets de banque dans sa voiture pour tester son honnêteté, mais  il ne tombe jamais dans la tentation. C’est l’un de ses points forts et plus tard, beaucoup d’automobilistes laissent en toute confiance leurs véhicules à Jean Louis, les récupérant à la sortie du bureau. Souvent, des clients le sollicitent pour effectuer des travaux de nettoyage dans leur maison. Au début, Jean Louis hésite, craignant  de ne pas pouvoir les satisfaire, mais  il arrive vite à maîtriser la technique de nettoyage des moquettes.
Afin d’éviter la méfiance des automobilistes, une sorte de discipline est établie sur le lieu du  travail où le vol ou même une tentative n’est, en aucun cas, tolérée.

UNE JOURNÉE BIEN REMPLIE

Cyrille et Jean Louis sont prêts très tôt le matin. Vers 6 heures, ils débutent  en faisant la queue aà une  fontaine publique. En attendant le premier client, ils nettoient leur lieu de travail. Après chaque lavage, ils demandent au client de nettoyer avec un chiffon les semelles de ses souliers pour préserver la propreté du tapis ou de la moquette du véhicule. Les deux associés ne se quittent que vers 18h30. À midi, chacun rentre chez lui pour ldéjeuner afin d’éviter des dépenses supplémentaires. En fin d’après-midi, ils partagent le gain de la journée autour d’une tasse de café, non loin de leur lieu de travail. Dans les journées favorables, comme les périodes de vacances, chacun peut rapporter plus de 20 000 ariary à sa famille. Au contraire, quand les affaires ne marchent pas, ils ne gagnent chacun que 10 000 ariary. En revanche, ils n’oublient jamais de mettre de côté quelque argent pour renouveller leur matériel de travail.
En moyenne, le travail ambulant de laveur de voiture  peut générer plus de 300 000 ariary par mois. Une somme qui ne représente  que le prix d’une paire de chaussures pour les riches, mais qui assure une vie entière pour les pauvres.