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HVM-église catholique – L’ECAR-type

Les relations du régime HVM avec l’Église catholique romaine (ECAR) n’ont rien d’un tableau idyllique. La cérémonie de consécration de Mgr Désiré Tsarahazana, comme quatrième cardinal de Madagascar, constitue une occasion pour des confessions intimes ou plutôt utiles

Sa privation de parole à la cérémonie de béatification de Ramose Lucien Botovasoa a marqué le président de la République, Hery Rajaonarimampianina. Dans une interview accordée à l’Express de Madagascar, il a apporté une précision qui a quelque peu trahi son amertume. «  Il s’agit d’un évènement co-organisé par le Vatican et l’État malgache. En étant le représentant de ce dernier, je devais avoir droit au pupitre. Ne serait-ce que pour remercier le Pape François de cette faveur accordée à un fervent chrétien », souligne-t-il avec insistance.
Une sortie médiatique diversement appréciée. Les uns ont trouvé cette intervention plus ou moins déplacée. Les autres ont estimé que l’argument présidentiel a été légitime. Il aurait été victime des conspirateurs qui manigançaient dans les coulisses des protocoles pour l’humilier en public, selon la déduction de son entourage immédiat. D’autant que la fête des catholiques a été « honorée » par la présence d’Andry Rajoelina et de Marc Ravalomanana à qui la population locale et les fidèles venus des quatre coins du pays ont réservé un accueil plus que chaleureux, délirant par moment. Quelques jours plus tôt, le premier, par l’excès de zèle des extrémistes du HVM, a été interdit de se rendre à Mahajanga. Son avion privé n’a pu décoller de l’aéroport d’Ivato.
Et le vol commercial d’Air Madagascar dans lequel il s’est engouffré avec son épouse et ses enfants, a été annulé. Le second a été interpellé par des éléments de la gendarmerie nationale en voulant faire « ses emplettes » au marché bovin d’Ambalavao. Il n’en fallait pas plus pour leurs partisans de crier au scandale. Pour eux, les dérives totalitaires, la pensée unique et inique du HVM ont montré leur vrai visage. Pour la première fois, il est vrai, des simples citoyens ne pouvaient librement circuler dans leur propre pays. C’en était trop pour les adeptes de la démocratie et de la liberté d’expression.

vindicatifs
À Vohipeno, ils ont pris leur revanche. Les autorités pro-HVM ne pouvaient plus les empêcher de venir en tant qu’invités de l’ECAR. L’avion transportant Andry Rajoelina a pu atterrir sans encombre à l’aéroport local. Il a pu sillonner Vohipeno à bord d’un 4×4, ovationné par une foule compacte tout au long de son parcours. Avant de se délecter au plaisir d’un bain de foule, après des années de disette, à la sortie de la cérémonie religieuse. Marc Ravalomanana, pour sa part, a pu ressusciter les cellules dormantes ou mourantes de son parti dans cette partie Sud-est de l’île.

Le comble pour Hery Rajaonarimampianina a été la réaction plutôt positive de la foule des croyants quand le maître des céans a laissé entendre que le chef de l’État n’aura pas droit à la parole. Un brouhaha approbateur a parcouru les travées de l’assistance. « Ah ! Il est touché dans son amour-propre, c’est quand même insupportable quand vous ne pouvez pas vous exprimer librement », commente avec ironie un universitaire proche de l’opposition. Des incidents difficiles à dissimuler, malgré la volonté manifeste des médias publics de tout camoufler. Des radios, télévisions et journaux privés, d’obédience Mapar et TIM, se donnaient à cœur joie pour relater, avec des détails croustillants, ce qu’ils appelaient « la déconfiture présidentielle ».

La réaction présidentielle a confirmé le relent de malaise persistant. Mais les rapports entre le régime HVM et l’Église catholique ont déjà connu des frictions bien avant les altercations de Vohipeno. Lors de la célébration du cinquantenaire des relations diplomatiques entre le Vatican et Madagascar, du 27 au 31 janvier 2017, des sommités catholiques malgaches ont manœuvré en coulisse pour obtenir le départ de la primature d’Olivier Mahafaly.
Très mal vu du côté du Saint-Siège pour ses présumés penchants à l’implantation massive des musulmans à Madagascar. La venue massive des catholiques à Vohipeno n’était pas fortuite. Berceau et bastion de l’Islam, le Sud-est a vu la démonstration de force des dévoués au catholicisme.

Comme ces frustrés n’ont pas eu gain de cause auprès de la présidence de la République, ils ont pu réduire la représentation vaticane à la messe grandiose au stade de Mahamasina par la présence de Mgr Pietro Parolin, « doublure immédiate » du Pape François. Alors qu’un bataillon de cardinaux aurait été prévu de faire un débarquement si l’éviction d’Olivier Mahafaly a été scellée avant le jubilé en question. Des noms de pressenti pour remplacer Olivier Mahafaly ont circulé sous le manteau, dont celui d’un opérateur économique très actif, à l’échelle mondiale et régionale, depuis cette déconvenue.

anxiogènes
À propos des musulmans, Mgr Désiré Tsarahazana a prononcé le mot « invasion » et s’inquiète de la menace du radicalisme et de l’endoctrinement. A contrario, le régime HVM, par l’adoption de l’open sky, a fait venir des compagnies aériennes desservant des pays, des territoires, considérés, à tort ou à raison, comme des viviers de terroristes en herbe. Ces péripéties et vicissitudes ont altéré les accointances entre les deux parties. D’autant que l’approche « K3F » initiée par des prêtres catholiques depuis Fianarantsoa, une véritable sensibilisation de la conscience citoyenne, se présente comme le réel danger pour le HVM.
Bien plus que le mouvement des « 73 députés pour le changement » qui a fini par voler en éclats. Aussi, aucune félicitation officielle n’a été adressée au futur cardinal, même si le pays attendait cette « création », ou créature pour le HVM, depuis la nuit des temps. Le HVM a-t-il intérêt à être des « protestants » à l’encontre des catholiques ? Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana en savent quelque chose. Sans être dans les secrets de… Dieu.

Par Eric Ranjalahy
Photos : L’Express de madagascar