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Hervé Saint Macary – « Les recherches accompagnent toute l’organisation de la chaîne de la filière cacao »

Quelques indications sur le CIRAD ?
Le Centre de coopération internationale de la recherche agronomique pour le développement ou CIRAD est l’organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes. Il intervient, entre autres, en Asie, en Afrique de l’Ouest, en Afrique orientale, en Afrique centrale et en Afrique australe et à Madagascar. Les femmes et les hommes du CIRAD imaginent des solutions originales et adaptées aux besoins des sociétés rurales et à leur environnement.

 Quelle est la contribution du CIRAD dans le développement du cacao malgache ?
Le contexte du cacao malgache, produit que l’on trouve essentiellement dans la vallée de Sambirano à Ambanja, nécessite des recherches spécifiques afin d’améliorer la filière. Il se trouve au 20e rang mondial, les six mille à neuf mille tonnes de production annuelle ne sont pas à comparer à celle des autres pays, qui ont également leurs propres situations. En revanche, la qualité du cacao malgache présente les spécificités des « produits du terroir », restent très appréciées sur le marché international. La recherche que mène le CIRAD est axée sur les modes d’organisation locaux allant de la production du cacao jusqu’à sa commercialisation.

Comment se présentent ces modes locaux d’organisation de la filière ?
Il faut d’abord savoir que c’est toute une chaîne dont la valeur est à répartir équitablement. Les recherches à mener concernent toutes les étapes et les maillons de la chaîne de production. Le cacao est un arbre qu’il ne faut pas mener très longtemps. Il perd de sa qualité en vieillissant. La cacaoyère d’Ambanja n’a pas trop connu d’introduction de nouvelles variétés de cacao. La recherche menée avec le Fofifa porte ainsi sur les modes de remplacement du matériel végétal, de la multiplication de plants de cacaoyers qui ne sont pas n’importe lesquels. Les actions doivent se dérouler dans le respect de l’environnement en suivant d’autres paramètres.

Le remplacement du matériel végétal et la multiplication des plants suffisent-ils à développer la filière ?
Il faut mettre en place des organisations complexes. Les modes d’organisation que l’on met en place sont respectueux de l’environnement, c’est-à-dire que la production évolue dans un système qui ne détruit pas la forêt par exemple, utilise moins de produits pesticides. Par ailleurs, il faut prendre en compte le changement climatique qui entraîne de nouvelles façons de produire du cacao. L’organisation en amont et en aval de la production constitue l’une des stratégies déployées, c’est-à-dire l’organisation pour produire le cacao et une fois qu’il est produit. Il faut ensuite s’assurer de la répartition de la valeur ajoutée depuis ceux qui fournissent des semences et engrais et les acheteurs, aux chocolatiers et exportateurs en passant par les premiers transformateurs.

Avec quelles techniques ?
Il faut accompagner ces modes d’organisation locaux avec l’agro-écologie par exemple. Mettre en place un système de plantation d’arbres d’ombrage autour des cacaoyers, des économies d’engrais, de lutte biologique contre les insectes. Combiner les possibilités par les interactions entre les espèces, entre les arbres, les herbes, les cultures vivrières afin d’assurer la sécurité alimentaire des producteurs. En somme, organiser avec des connaissances scientifiques, le fonctionnement biologique et social.

Qu’en est-il de la recherche sur le marché ?
Le cacao malgache se distingue par son goût et sa qualité, lesquels sont liés aux arbres. Les sous-espèces qui sont cultivés sont de bonne qualité, mais elles sont à maintenir. Le terroir, la pluviométrie, l’ensoleillement font la qualité du cacao de Madagascar. Des avantages à conserver. La demande de cacao fin est en train d’évoluer. Outre la qualité standard pour les grands producteurs, il y a une demande très particulière, à l’image du vin des « grands crus ». On voit sur le marché international, du cacao « grand cru » ou labellisé, dans lequel le cacao malgache a parfaitement sa place. Ce sont des mécanismes qui ne se font pas tout seul. Des thèmes de recherches sur cette image du cacao à l’international pour que n’importe qui ne puisse vendre des fèves du Sambirano, font partie des activités du CIRAD, outre les recherches en économie, en organisation des filières et en production. La révision des lois et des textes régissant la filière à l’échelle internationale de manière à ne pas être dupliqué nulle part, est enfin essentielle •

Propos recueillis par Mirana Ihariliva