Editorial Opinions

Mûrir pour ses idées

La Haute cour constitutionnelle, HCC, aussi paradoxale que cela puisse paraître, a été « déboutée dans sa requête » par le gouvernement. Elle a recommandé, sinon exigé, pour ne pas dire imposer, une élection présidentielle anticipée en saison sèche. Les dates annoncées par le Premier ministre Christian Ntsay, 7 novembre et 19 décembre, pour le premier et second tours de la présidentielle, sont loin de répondre aux injonctions des juges constitutionnels. Qui, à force de vouloir devenir des acteurs politiques au lieu d’être des arbitres suprêmes des matches en cours, ont fini par se discréditer d’eux-mêmes.
Le caractère irrévocable de leur verdict a été remis en cause. Car par « élection anticipée », des politiciens ont espéré la date du 29 août, une des propositions de la Commission nationale électorale indépendante, CENI, dans ses calendriers spéculatifs. Voilà pourquoi ils ont abandonné le parvis de l’Hôtel de ville, sur la pointe des pieds. Il n’en sera donc rien. Et la présidentielle telle qu’elle a été programmée par le gouvernement va se tenir en pleine saison des pluies. Mais il ne s’agit pas d’un handicap en soi, si l’on se réfère au passé des scrutins à Madagascar.
Même si cette échéance contredit de fait les dispositions constitutionnelles y afférentes.
Car en 1996, par exemple, après l’empêchement du professeur Albert Zafy, le 4 septembre, la présidentielle anticipée- le cas était ici bien précisé par la nécessité dictée par la situation- devait avoir lieu deux mois plus tard. Sinon « je redeviendrais aussitôt président de la République », lançait  le professeur Albert Zafy, d’habitude débonnaire et inoffensif, sur un ton menaçant. Il sentait que son remplaçant qui assurait l’intérim par un tour de passe-passe imprévisible- il était président de la Haute cour constitutionnelle, HCC,  et non celui de l’Assemblée nationale d’où est partie la « conspiration »-, le roublard Norbert Lala Ratsirahonana,voulait étendre dans le temps la Transition en place.
Selon des indiscrétions sorties du sérail en cette période mouvementée où les démons des clivages « merinas- côtiers » avaient été réveillés par les orgueils politiques des uns et des autres, il aurait voulu organiser une « investiture » avec tous les apparats, les ostentations, les éclats d’une cérémonie réservée aux seuls présidents de la République élus. Des officiers généraux merina l’ont dissuadé de franchir cette ligne rouge, car il n’avait que
le titre de chef de l’État et de gouvernement.
Le professeur Albert Zafy a eu raison de se méfier de lui. Au lieu d’observer une neutralité absolue, étant le patron de l’Administration au sens large du terme, il s’est porté candidat à la présidentielle avec son parti « Asa Vita no Ifampitsarana », AVI. Dont le premier tour a eu lieu le 3 novembre, la veille de l’anniversaire de Didier Ratsiraka, de retour « en grande pompe »  au pays, le 28 septembre. Après un exil volontaire de trois ans.  Alors qu’il avait fallu six mois de grève en 1991 décrétée par les Forces vives, un carnage de plusieurs morts à l’issue de la « Grande marche de la liberté vers Iavoloha », le samedi 10 août, un référendum constitutionnel donnant naissance à la troisième République, et une négociation délicate avec les fédéralistes pour le mettre hors d’état de nuire.
De cet épisode tumultueux de la vie politique, il ressort qu’il est possible d’organiser une élection présidentielle dans un laps de temps assez court. Sans le moindre dollar des bailleurs de fonds. À cause du scandale des financements parallèles qui a terni le mandat d’Albert Zafy, une des raisons de son éviction précoce du pouvoir, les relations de Madagascar avec le Fonds monétaire internationale et la Banque Mondiale ont été mises entre parenthèses.
Un scrutin sous les bourrasques du mauvais temps.
Le second tour opposant Albert Zafy et Didier Ratsiraka a pu se tenir le 28 décembre. Trois jours après Noël. Ce qui a refroidi l’enthousiasme des électeurs. Le taux d’abstention a battu tous les records. Qu’importe,  Didier Ratsiraka l’a emporté de justesse. Par 20 000 voix de plus que son adversaire, selon les résultats officiels publiés par la HCC.
Aujourd’hui, la CENI attend que toutes les conditions optimales soient requises pour convoquer les électeurs à aller aux urnes. Alors que toutes les factions rivales s’accordent à dire que seule cette issue peut sortir le pays de l’impasse politique. Qu’elles ont, elles-mêmes, généré depuis le 21 avril.

par Eric Ranjalahy