Editorial Opinions

En panne de sens

Des automobilistes fatalistes n’y ont même pas fait attention. Le dimanche de Pâques, le litre du sans-plomb a franchi un seuil historique. Passant de 3 930 à 4 020 ariary. Mais dans une atmosphère politique pesante, à deux jours de l’adoption par la majorité « fictive » des projets de lois organiques controversée des élections à venir, l’État a fini par rebrousser chemin. Le lendemain même, lundi de Pâques, jour de la grande évasion des citadins vers la campagne, le prix en question est redescendu à son niveau d’avant l’inévitable application de la vérité des prix du carburant. Ceux qui avaient à parcourir des kilomètres pour changer un peu d’air ont félicité la « prise de responsabilité » de l’État. Pour remonter à 4 000 ariary une semaine plus tard. En fait, une interrogation doit être posée car ce yo-yo a été programmé pour soigner, un tant soit peu, la popularité d’un régime mal en point. Fixer les prix à la pompe relève-t-il de ses attributions naturelles ?
Il s’agit d’une mauvaise pratique héritée de la Transition tant honnie par les actuels dirigeants et qui, pourtant, a bien servi leurs intérêts. Sous la menace permanente d’une révolte populaire par une hausse généralisée des prix à partir des stations-service, les putschistes ont décidé de comprimer toute augmentation. Aux manettes, une certain Mamy Ratovomalala, le ministre de l’Énergie de l’époque, une des dernières recrues de l’équipe d’Iavoloha dans sa configuration actuelle. Un statu quo salutaire pour un pouvoir anticonstitutionnel, mais suicidaire pour les gérants des stations-service. Ceux-ci, faut-il le préciser, ne sont pas des salariés, ni des employés des sociétés pétrolières de distribution. Ils sont, en quelque, sorte des détaillants avec de nombreuses obligations financières. Ne serait-ce que la location des installations qui ne leur appartiennent pas.
Par la « décision unilatérale » de la gouvernance transitoire, ces exploitants commerciaux comme tant d’autres, ont été contraints de survivre par la réduction de leur marge, alors que les charges d’exploitation n’ont cessé de peser sur l’équilibre précaire de leur trésorerie. Devenus insolvables, abandonnés par leurs banques, la plupart ont jeté l’éponge. Les rescapés ont réduit de façon drastique l’effectif de leur personnel. Quitte à faire travailler les « indemnes » au-delà des durées légales. Ce lointain cauchemar peut ressurgir par cette immixtion de l’État dans un mécanisme bien huilé.
Au regard des dispositions de la loi sur la privatisation, ou plutôt la loi sur le désengagement de l’État des secteurs productifs, les « cours fluctuants » devaient se décider entre les quatre enseignes présentes sur le marché. L’État, par le biais de l’Office malgache des hydrocarbures, OMH, veille aux qualités des produits, au niveau des stocks d’alerte. D’où l’incompréhension dans cette volonté de tout régenter. D’autant que les bailleurs de fonds qui n’avaient entretenu aucune relation avec la Transition, coopèrent avec le régime en place. Et ils n’apprécient guère l’interventionnisme de l’État dans un marché libéralisé.
Certes, cette loi a été façonnée dans la précipitation durant l’autre Transition de Norbert Lala Ratsirahonana. Donc imparfaite et contradictoire par endroits, mais elle a permis de rétablir la confiance des partenaires financiers traditionnels- le Fonds monétaire international et la Banque Mondiale- perdue dans les méandres des financements parallèles. Infructueux, initiés par le pasteur Richard Andriamanjato, président de l’Assemblée nationale, et des conseillers du président Albert Zafy auprès des princes d’opérette de Liechtenstein. Un micro-État invisible sur la carte de l’Europe. Il est aujourd’hui un peu étonnant de passer outre ces nomenclatures. Au lieu de les ajuster au fur et à mesure des besoins et de tenter de restructurer le différentiel des coûts par des majorations importantes des taxes sur les produits pétroliers. Et de s’attendre par la suite- un raisonnement par l’absurde- à une inversion des tendances haussières. Alors que les quatre sociétés qui alimentent les cuves des stations-service affirment être traités par un même régime de facturation, d’où leur refus d’afficher « la variété des prix ».

Par Éric Ranjalahy