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Scénarios de sortie de crise – Festival de cancres

Les affrontements du samedi 21 avril vont-ils se reproduire

Comment trouver une issue à l’impasse politique actuelle ? Quand la myopie aveugle et que l’excès de zèle et l’extrémisme l’emportent sur le simple bon sens, la voie de la réconciliation nationale devient impénétrable

Déception. Ceux qui ont pensé que les appréciations faites par les juges constitutionnels des lois organiques des élections, adoptées dans la confusion totale et sur fond(s) de suspicion de corruption à l’Assemblée nationale, allaient décanter la situation, ils ont très vite déchanté. Sur la Place du treize mai et dans les autres villes des provinces, la réplique vient de la députée Hanitra Razafimanantsoa. « Il s’agit d’une première victoire de la lutte que nous menons. L’objectif ultime reste le départ des dirigeants, à commencer par le président de la république ». Un discours sans équivoque qui cache à peine la faiblesse du mouvement des « 73 députés pour le changement ».

Flops
Ils n’arrivent pas à rameuter la foule des manifestants et sont obligés de « réquisitionner les fonctionnaires ». Leur désir de bloquer la machine administrative n’a pas fonctionné comme ils l’ont ont programmé. Des douaniers, par exemple, ont refusé l’arrêt de travail imposé par des syndicalistes proches des contestataires. Une autre faille a été constatée dans la posture adoptée par les frondeurs. Ils ont affirmé ne pas être disposés aux efforts de médiation mais ont accepté de venir rencontrer des représentants des quatre chefs du Conseil œcuménique des églises chrétiennes, FFKM, à Vohipiraisana.
Quand bien même, l’intervention du FFKM suscite aussi des critiques et de la méfiance. Dans les années 80, le FFKM s’est érigé en opposition morale aux dérives du pouvoir révolutionnaire de Didier Ratsiraka. Pour préparer la genèse d’une vaste contestation par la Conférence nationale de septembre 1989 ayant accouché des « Forces vives » qui ont placé « la révolution des parapluies » sous la bannières d’un verset biblique « Fais monter ce pays ». Six mois de grève illimitée, une marche qui s’est terminée par un bain de sang aux alentours du palais d’Iavoloha le 10 août 1991, ont été « nécessaires » pour dégager l’Amiral Didier Ratsiraka hors du navire. Mais il n’est pas parti par la voie des urnes.
En 2002, le FFKM a affiché son soutien à Marc Ravalomanana quand il s’est autoproclamé président de la République le vendredi 22 mars. Estimant avoir obtenu la majorité absolue au premier tour de la présidentielle. La bonne entente au sein du FFKM volait en éclats le 17 mars 2009 quand des militaires pro-Andry Rajoelina ont maltraité, amené manu militari, du Falda Antanimena au camp Capsat de Soanierana, le pasteur Lala Rasendrahasina, président de l’église réformée FJKM, réunissant les protestants. Un clash qui a mis à mal les catholiques, accusés de soutenir les putschistes. Aujourd’hui, ces mêmes catholiques, par les différents communiqués de la Conférence des évêques, n’ont pas ménagé le régime actuel, présidé par un fils du FJKM.

Vicissitudes
Les incidents à Vohipeno lors de la béatification de Ramose Laurent Botovasoa, la création de la plateforme « 4 » à Fianarantsoa, une arme fatale pour porter le coup de grâce au HVM agonissant, ne sont pas de nature à améliorer ces relations déjà conflictuelles. Mais le pasteur Mailhol, un des pourfendeurs des églises traditionnelles, semble avoir déniché un oasis perdu. Il prie le FFKM de chercher la solution médiane. «  Si la démission du président de la République serait la clé
de nature à dénouer de l’écheveau, que les prélats du FFKM aillent convaincre le concerné. Sinon, pourquoi ne pas convaincre les 73 députés d’attendre la présidentielle. Si le président en exercice se présente, il doit quitter ses fonctions deux mois avant l’échéance » prêche le pasteur Mailhol.
Dans ce cas de figure, la date du 29 août avancée par la Commission électorale nationale indépendante, CENI, pour une présidentielle anticipée, pourrait convenir à tout le monde. Les ténors du HVM ont clamé que leur bilan en quatre années d’exercice de pouvoir est bien meilleur que ceux des régimes précédents. Ils n’ont donc pas intérêt que les opposants aient le temps de dénoncer leurs pratiques malsaines lors de leurs meetings. Mais cette proposition de la CENI ne convient pas encore aux 73 députés qui revendiquent toujours une « démission globale » avant de passer au verdict des urnes.

Par Eric Ranjalahy
Photos : L’Express de Madagascar