Interview

Dama – « J’attends d’être investi pour être candidat à la présidentielle »

Nous devons faire vivre la terre. mais aussi nous devrions la nourrir « Mifamelona » se soutenir l’un l’autre

Le nom de Dama est revenu dans l’actualité à plusieurs reprises cette semaine. La candidature du leader du groupe Mahaleo, déjà député de Madagascar, semble se préciser. Il ne nie pas la finalité de ses intentions mais apporte des précisions sur sa façon de faire. Il faudra, dit-il, revenir à l’essentiel. Revenir à la terre

Nous devons faire vivre
la terre. mais aussi
nous devrions la nourrir
« Mifamelona » se soutenir l’un l’autre

Que faites-vous quand vous ne chantez pas ?

Je me repose, je fais de la marche matinale avec ma femme à Ambohimanga. Je lis aussi. Et à Morondava, nous nous occupons d’un centre de formation des familles paysannnes pour vivre en harmonie avec la terre, l’environnement. La finalité de ce centre de formation est la permaculture.
C’est, je pense, une mise en pratique de ce que nous avons appris à l’université : lorsque se présente un problème, il faut considérer des solutions petit à petit. Ne pas tout de suite abandonner.

Vous pensez à la présidentielle aussi. Sur les réseaux sociaux en tout cas, on affirme que vous allez vous présenter. Je voudrais une confirmation de votre part : oui ou non ?

Non. Je ne me présente pas, j’attend d’être investi pour être président de la République. En malgache, la subtilité de la nuance est plus perceptible : « tsy milatsaka aho fa atolotra. » Je ne me présente pas de moi-même parce que je ne prétend pas faire de la magie et sauver ainsi Madagascar. Je ne le ferai pas. Il faut un lien entre les citoyens. Il faut un accord tacite. D’où les pétitions que vous voyez sur les réseaux sociaux. Ce sont les citoyens qui me demandent de me présenter. Arrêtons de faire croire que la personne qui se présente à une présidentielle est là pour faire des miracles. Chaque citoyen doit prendre ses responsabilités. Nous devons nous engager mutuellement pour le développement de Madagascar.

Quand l’idée d’être président vous est venue à l’esprit ?

Le cheminement de ma pensée ne diffère pas de mon parcours. A 18 ans, un peu à la surprise de tous d’ailleurs, j’avais écrit pour le groupe Mahaleo « adin-tsaina », l’histoire de ce père de famille de cinq enfants, délaissé par sa femme, et aux prises avec les difficultés du quotidien. Puis il y a eu les études de sociologie qui, jusqu’ici, m’ont accompagnées dans les projets que j’ai entrepris. En tant qu’étudiant, j’avais participé au mouvement de 1972 non pas pour lutter contre la pauvreté mais pour faire restaurer nos valeurs.

Par la suite?

Après les études, la scène, la politique. J’ai mis en place une radio rurale et l’adduction d’eau à Ambatofinandrahana, lorsque j’étais député. Puis je me suis un peu éloigné de la politique. Et il y a le livre « valibabena » (ndlr : juste retour des choses), où les réflexions sont tirées des 46 années de chansons du groupe Mahaleo. C’est un condensé d’analyses et de réflexions sur ce dont le Malgache a besoin en ce moment : un changement de paradigme, une nouvelle façon de faire de la politique. Ce que dit « valibabena » c’est que notre île nous a nourris, à nous de lui rendre la pareille.

Après le livre, vous vous êtes dit : il est temps ?

En 2013, alors que j’étais l’Invité du zoma d’Onitiana Realy, on m’avait prêté des ambitions présidentielles. Lors des dernières élections, des candidats m’ont approché pour une collaboration, parce que, disent-ils, je connais mieux les gens. Mais j’avais refusé. Et puis en janvier de l’année dernière, un groupe de personnes a récolté des signatures à Antsirabe et m’ont dit : Dama, les gens te connaissent, tu es près des gens, pourquoi ne pas te présenter à la présidentielle ? Nous allons te soutenir. J’ai consulté ma famille et on s’est dit : on y va !

Faut-il pour autant être président de la République pour pouvoir changer les choses à Madagascar ?

Absolument. Il nous faut changer de système. Mais pour ce faire, il nous faut d’abord y entrer. Il nous faut une nouvelle idéologie, des personnes de bonne volonté pour la véhiculer, et un nouveau système. Ces trois conditions réunies rendront possibles le changement de paradigme. Ce n’est pas le système proprement dit qui pose problème. C’est la manière de faire les choses.

lorsque se présente
un problème
il est à considérer
des solutions petit à petit.
Ne pas tout de suite
abandonner

A vous entendre, il semble y avoir une mésentente entre le peuple et ceux qui le dirigent ?

Exactement. Les gens ont toujours trouvé normal qu’on les dirige et que eux soutiennent le dirigeant du moment. Que c’est le dirigeant qui connaît ce qui est le mieux pour son peuple. C’est ce décalage entre le peuple et ceux qui le dirigent qu’il faut réduire. D’où ces pétitions, sortes d’engagement mutuel. Il faut une prise de responsabilité de tout un chacun.

D’une manière générale, qu’est ce que le Malgache ne comprend pas en politique ?

Le plus grand problème à Madagascar est que nous oublions l’essentiel, la priorité : l’homme. Le développement nous fait courir. Nous courrons après ceux qui se sont déjà développés car nous sommes encore un pays sous-développé ou en voie de développement. Cela veut bien dire qu’il y a un repère, une marge, une tangente. Et nous sommes en-dessous de la tangente. Les pays développés eux-même courent après leurs propres objectifs. On parle beaucoup en ce moment d’intelligence artificielle, dans un futur proche, leurs forces de productions seront remplacées par des robots. C’est ce qu’on appelle une course au développement. Là où je veux en venir c’est que nous ne les rattraperons jamais . Donc ne rêvons pas et considérons plutôt ce que nous avons sous les yeux.

Une richesse naturelle , un sous-sol et une terre riches, d’énormes potentialités comme nous avons l’habitude de l’entendre ?

Exactement ! Des ressources naturelles à profusion, l’océan tout autour, une jeunesse, pas encore de problème démographique, pas de problèmes de frontières. Nous devons connaître notre pays, notre histoire, notre langue. Notre culture ! Nous avons tellement d’atouts, pourquoi refusons-nous de les voir ? Pourquoi sommes-nous convaincus que nous sommes pauvres ? Pourquoi ?

Pourquoi la permaculture paraît si importante à vos yeux ?

Nous pensons souvent et à tort que c’est la terre qui nous nourrit. Nous pensons qu’il suffit de prendre ce qu’elle nous donne. Mais cela devrait aller dans les deux sens. Nous devons aussi faire vivre la terre. Nous aussi nous devons la nourrir. « Mifamelona », se nourrir l’un l’autre. Voilà le cercle.

Avons-nous encore besoin d’apprendre la terre aux paysans ?

Je vais vous citer le cas de Morondava. Les croyances ancestrales ont toujours dit que la terre du Menabe n’avait pas besoin d’engrais. Alors que si. Les paysans apprennent que la terre est un être vivant. Elle peut avoir faim, soif, elle a besoin d’être aérée. Dans le Menabe où la terre est le « Dady », l’aïeule, la relation entre la terre et l’homme est restaurée.

Combien de signatures espérez-vous récolter ?

Celles de nous tous (large sourire). Ce n’est pas une question de nombres. Le plus important pour moi c’est la motivation des gens. Dans une société, vous avez ceux qui ne veulent rien savoir, ceux qui ne veulent rien faire, ceux qui ne se soucient que de leur personne. Puis il y a les personnes motivées, qui ont la volonté de changer les choses. Nous assistons ici à un véritable mouvement citoyen. Des signatures ont été récoltées à Morondava, Ambatofinandrahana, ma région, Marolambo où je suis né, Antsirabe qui m’a vu grandir, et bien sûr Antananarivo. Tout cela donne de l’espoir. Un immense espoir.

Propos recueillis par Rondro Ratsimbazafy.

Photos : Tojo Razafindratsimba.