Interview

SEM Lim Sang-Woo  – « Nous voulons partager notre expérience avec Madagascar »

Présent à Madagascar depuis janvier, l’ambassadeur de la Corée du Sud SEM Lim Sang-Woo dresse une topographie de la coopération. Il parle également du rôle de Madagascar dans le processus de réunification des deux Corées

Vous êtes le premier ambassadeur Sud-coréen résident à Madagascar. Pourquoi installer une ambassade à Madagascar ?

Nous avons un nouveau gouvernement mené par le président Moon
Jae-in. Auparavant, notre diplomatie était surtout concentrée sur la relation avec nos voisins le Japon, la Chine, les États-Unis et bien sûr il y a la Corée du Nord. Mais avec notre nouveau gouvernement, nous avons défini une nouvelle orientation de la diplomatie, qui est de maintenir de bonnes relations avec nos voisins immédiats, mais d’aller aussi au-delà de notre région jusqu’à l’Amérique du Sud et l’Afrique. Notre gouvernement a décidé qu’il est temps de renforcer notre relation bilatérale avec Madagascar.

Pourquoi Madagascar ?

Nous avons décidé d’augmenter notre niveau de représentation à Madagascar au vu de la potentialité de votre pays, et de sa stabilité. Ce que vous avez réussi à faire ces dernières trois, quatre ans. Et ce n’est pas seulement votre pays, mais ce sont aussi les autres régions dans l’océan Indien. Nous voyons que votre présence dans l’océan Indien est importante. Nous pensons que c’est très important d’avoir un ambassadeur résident ici à adagascar. Comme nous avons réussi sur le plan économique, nous voulons partager notre expérience avec Madagascar.

Lors de votre arrivée ici, votre présentation de la lettre de créance. Vous avez évoqué qu’il y aura des grands projets qui vont s’accélérer. 

Nous envisageons de démarrer plusieurs projets de développement avec votre Gouvernement. La première étape consiste à inviter l’équipe technique de notre agence d’aide, la KOICA  ( Korea International Corporation Agency) pour évaluer les pistes d’actions et la faisabilité des projets. Cette mission était prévue pour mai, juin, mais avec la situation qui prévaut, cette mission est reportée ultérieurement. Après cela, il est possible d’avoir une vision très précise sur les actions de la Corée du Sud à Madagascar. Nous pourrons par exemple contribuer à la lutte contre les effets du changement climatique et le domaine de l’éducation.

Donc les projets commencent avec l’arrivée de la KOICA ?

Avant l’arrivée de cette équipe de KOICA, j’ai eu l’approbation de notre siège pour démarrer un projet pilote à Ankatso, le Korea Corner dans la bibliothèque de l’Université. C’est un espace dédié à la Corée dans laquelle on peut trouver des livres, des documents, arts, de la musique de la Corée ainsi que des cours de langue coréenne. Nous appuyons également l’agriculture. Aussi j’étais à Fianarantsoa en mars pour un don de 100.000 dollars d’équipements agricoles pour aider les cultivateurs de la région du Sud. Nous avons par ailleurs fourni des équipements d’urgence d’une valeur de trente millions de dollars au BNGRC pour les vingt-deux régions. Et tout récemment, nous avons conclu un accord avec l’Unicef pour démarrer un projet pour améliorer la vie des jeunes filles surtout, dans la région du Sud. Donc en gros, la Corée du sud est présente dans plusieurs secteurs pour ce début de coopération.

Quel est le volume du budget de KOICA pour Madagascar ?

Nous sommes entrain de renforcer la présence de KOICA et j’espère bien que le budget va certainement augmenter cette année. Et le siège était vraiment intéressé à étudier des différents projets à Madagascar. L’envoi des premières équipes de volontaires coréens est en discussion avec le siège mais avec la situation actuelle, nous avons modifié le calendrier. Mais ce n’est pas annulé. Le siège confirme sa volonté d’envoyer des volontaires. Alors ce sera la première étape pour établir la présence de notre agence d’aide à Madagascar.

Nous sommes en train 
de renforcer la présence de KOICA et j’espère bien que le budget va certainement augmenter cette année

Sur le plan économique, quels secteurs intéressent la Corée du Sud à Madagascar ?

Il y a plusieurs secteurs qu’on pourrait développer avec Madagascar. Une grande partie de la communauté coréenne ici qui sont engagées dans le secteur automobile. Nous nous intéressons également dans le domaine du textile. Les coréens sont tous très impressionnés par le savoir faire et le talent des travailleurs malgaches dans ce domaine. À Madagascar, nous avons plusieurs entreprises qui emploient plus de 1 000, même presque 2 000 employés malgaches. Ainsi, ils veulent élargir leurs entreprises, en créant des emplois pour la communauté locale surtout après les élections, avec la stabilité, tout le monde espère qu’il y aura une forte croissance économique dans votre pays. Et bien sûr, Nous sommes un grand partenaire du projet d’Ambatovy à Tamatave.

Peut être qu’on peut parler de ce qui se passe dans la péninsule. Dans le communiqué officiel du sommet intercoréen, il est question d’autodétermination. Qu’est-ce que çela veut dire exactement ?

Autodétermination. La division de notre péninsule en 1945 s’est effectuée contre notre volonté. Personne n’a entendu la voix des coréens. Alors nous avons eu cette expérience de voir notre destin déterminé par autrui. Cette fois ci, nous allons prendre les affaires entre nos mains. Par exemple, la séparation des familles. Il y a beaucoup de familles qui étaient séparées par la division, et pendant 60, 70 ans, on ne sait pas s’ils sont toujours vivants ou non. Ce ne sont pas les autres pays qui peuvent résoudre ce problème.

Quelles seraient donc votre relation par rapport aux États-Unis pour le Sud, et la Chine pour le Nord dans ce
processus de réunification ?

Le rôle des États-Unis et de la Chine est très important dans ce processus. Il y a des dossiers qui nécessitent la contribution et la participation des États-Unis et de la Chine, par exemple la dénucléarisation complète de la Corée du Nord. Il est également nécessaire de signer un traité de paix, parce qu’après la guerre de Corée nous n’avons pas signé un tel traité officiel. Alors les participants à la guerre de Corée, par exemple, les États-Unis ou la Chine devraient signer le traité mais en principe, comme je vous l’ai dit, les affaires de la Corée, de notre péninsule, ça doit être discutée entre les deux Corées parce que nous avons cette expérience de 1945 où tout s’est passé à travers nous, c’était déterminé par les autres.

Dans le processus de réunification de la Corée, il y a deux systèmes politiques très différents. Comment ça va se passer entre la démocratie et le communisme ?

Il est vrai que c’est différent, mais ce n’est pas une raison de ne pas espérer. Nous devons nous impliquer pour atteindre notre but ultime de réunification. Ça va être un processus progressif. On ne va pas se précipiter. Alors, nous renforçons les échanges entre les deux peuples. Et nous allons prendre cette voie petit à petit jusqu’à ce que nous atteignions notre but.
C’est comme ça quenous avons développé
notre économie. Nous n’étions pas déçus, nous avons toujours cru qu’un jour ça va se réaliser. Pour la réunification aussi, petit à petit, nous sommes convaincus que ça va être réalisé. Voilà, c’est notre mentalité.

Vous avez parlé de l’importance, de la place particulière de Madagascar dans le processus. Si les deux Corées demandent donc la contribution de Madagascar, quelle serait cette contribution ?

Vous avez déjà beaucoup d’expérience avec la Corée du Nord, vous connaissez déjà la Corée du Nord, et vous connaissez la Corée du Sud, alors vous connaissez les deux Corées. Quand vous parlez de la péninsule coréenne dans des occasions par exemple à l’ONU ou à l’Union africaine, ce que vous dîtes est important parce que vous connaissez déjà les deux Corées. J’ai rencontré beaucoup de Malgaches qui ont étudié en Corée du Nord. Et nous parlons la même langue et c’est la même culture. Votre relation étroite avec la Corée du Nord signifie que vous comprenez déjà la culture coréenne. Ainsi, Madagascar peut comprendre la situation plus facilement par rapport aux autres pays parce que vous connaissez déjà la culture. 

Propos recueillis par Andry Rialintsalama et Alintsoa Ralitera (stagiaire). Photo : Tojo Razafindratsimba