Interview

Général Rarasoa Ralailomady – « Le défilé militaire vise la communion nationale »

Rarasoa Ralailomady, donne un aperçu des préparatifs des festivités du 58e anniversaire du retour à l’Indépendance et de la constitution des Forces armées. Il affirme que l’objectif du comité d’organisation est que toute la nation communie à la célébration

La conjoncture politique fait de l’ombre à la célébration de la fête nationale. Néanmoins, comment se déroulent les préparatifs?

Comme chaque année, le ministère de la Défense nationale est chargé de l’organisation des festivités célébrant le recouvrement de l’indépendance. D’autres départements et entités y sont aussi impliqués. Les préparatifs ont commencé dès la première semaine du mois d’avril. Nous essayons de respecter le chronogramme prévu malgré la situation politique qui prévaut.

Quel est le thème de la célébration, cette année ?

Le Comité technique national d’organisation (CTNO) a proposé trois thèmes. Le choix de la présidence de la République s’est porté sur « Le patriotisme et l’apaisement, garants du développement et de l’émergence de Madagascar ». Tous les événements relatifs à la célébration de la fête nationale cadrent avec la ligne directrice établie sur ce thème.

Vu le contexte, qu’en est-il de la sécurisation des événements ?

Le CTNO se divise en douze commissions. La question sécuritaire est prise en charge par le secrétariat d’État à la Gendarmerie nationale. Plus précisément, c’est l’État-major mixte opérationnel national (Emmo-Nat), qui est le responsable du volet opérationnel, étant donné que c’est un événement national. La commission sécurité est au fait de la situation et le dispositif en place en tient compte.

Peut-on savoir combien d’éléments seront déployés pour sécuriser les fêtes et quel genre de dispositif sera mis en place ?

Je ne dispose pas de cette information. Je vous oriente vers le secrétariat d’État à la Gendarmerie nationale. Un centre opérationnel mis en place pour répondre aux besoins sécuritaires, à la suite de la crise, a été mis en place. La sécurisation des fêtes du 26 juin fait partie de ses attributions.

Qu’en est-il du programme des festivités ?

Je tiens à préciser qu’il s’agit de la fête nationale. Chaque région a donc son comité d’organisation des réjouissances. Pour Antananarivo, les festivités ont déjà démarré depuis le 3 juin, au Coliseum à Antsonjombe. S’en sont suivies plusieurs autres animations comme la fanfare militaire qui fait un show dans les arrondissements. Il y a aussi le carnaval de Madagascar organisé par l’Office régional du tourisme d’Analamanga (ORTANA). Une démonstration dynamique par les forces de l’ordre et une manifestation culturelle initiée par le ministère de la Jeunesse et des sports se sont tenues au stade et au Palais des sports de Mahamasina, mercredi. Les incontournables podiums ne seront pas en reste, ainsi que les feux d’artifices sur le lac Anosy, qui seront précédés du lancement de « sky lantern ».

L’atmosphère politique ne risque-t-elle pas de polluer les fêtes ? Le scénario d’une célébration parallèle faite par des frondeurs du pouvoir est évoqué.

Le CTNO ne perd pas de vue la conjoncture qui prévaut dans le pays. Notre rôle est de mobiliser tous les citoyens à montrer leur sens du patriotisme en cette période de célébration du retour à l’indépendance. Personne ne célébrera notre fête nationale si nous, Malgaches, ne le faisons pas. Le premier signe extérieur est de hisser le drapeau. L’objectif et la mission du CTNO est de créer une communion nationale autour des fêtes. D’éviter toute image de division ou d’exclusion.

Rien que le thème de la célébration ne risque-t-il pas d’être source de division dans l’opinion publique ? Des courants politiques antagonistes se sont appropriés le mot et le concept « émergence ».

Il y a toujours une crainte. Étant dans l’administration et comme il s’agit d’une célébration officielle, le CTNO est tenu de suivre les décisions prises en conseil des ministres. Dans l’organisation, la première autorité à laquelle se réfère le CTNO est le président de la République. Le choix présidentiel s’est porté sur ce thème, à nous d’œuvrer pour que tout rallie la nation à la liesse de la célébration de la fête de l’indépendance.

Le 26 juin coïncide avec l’anniversaire de la création de l’Armée. Comment se déroulera la parade militaire, cette année ?

Pour Antananarivo, en particulier, la parade militaire se tiendra toujours au stade de Mahamasina. Il sera, cependant, limité à deux heures. Contrairement aux années précédentes, il n’y aura aucun habillage pour respecter le timing défini. Le président de la République est prévu arriver à 10 heures. Le défilé devra donc, prendre fin à midi.

Pourquoi avoir réduit la durée de la parade et l’avoir restreint à une stricte cérémonie militaire ?

La parade est faite, premièrement, pour démontrer la discipline au sein des Forces armées. Deuxièmement, que l’Armée est prête à assumer son rôle souverain. Et troisièmement, le défilé est une occasion de présenter les nouveaux matériels acquis par l’armée pour ses attributions quotidiennes ou nouvelles. Nous avons décidé de limiter la durée de la parade en tirant les leçons des organisations passées. Il s’agit d’éviter les temps morts et que le public ne soit pas blasé. Le CTNO veut surtout marquer le caractère solennel de la parade militaire.

Verrons-nous de nouveaux matériels lors du défilé à Mahamasina ?

Pour la parade à Antananarivo, trois milles éléments environs prendront part au défilé militaire. Seul le corps de protection civile présentera les nouveaux matériels qu’ils ont acquis. A Antsiranana, toutefois, les nouveaux vaisseaux de guerre de la marine nationale feront leur première parade en mer.

Les Forces armées ont été parmi les premiers protagonistes de la crise. Les déclarations des chefs militaires ont eu un accueil mitigé au sein de l’opinion publique. La célébration de son 58e anniversaire pourrait être l’occasion de redorer leur blason. Comment comptent-elles procéder ?
Le respect de la discipline, vivre dans la discipline est la principale qualité des Forces armées et des hommes en uniforme. Cette discipline fait face à des menaces et des défis quotidiens. Le contexte politique en fait partie comme on le constate quand les chefs militaires ont dû faire face à cette menace des influences politiques sur les Forces de défense et de sécurité (FDS), durant ces semaines de crise. Au sein des FDS, nous estimons que les déclarations qu’ils ont faites cadrent avec la prise de responsabilité que l’on attend d’eux dans de pareils moments. La parade militaire, ou encore la démonstration dynamique de mercredi, est comme je l’ai dit, une manière d’affirmer que les Forces armées et les forces de l’ordre respectent l’ordre et la discipline, ont un savoir-faire et sont prêtes à accomplir leurs missions souveraines.

Propos recueillis par Garry Fabrice Ranaivoson . Photos : Mamy Maël.