Le volcan d’Ankatso est de nouveau en éruption. Avec cette fois-ci, une nouveauté dans le mouvement estudiantin. Ils font la grève pour exiger que les cours reprennent leur cours normal, si l’on peut dire. Ils ont épuisé toutes les démarches préalables avant de manifester hors de leur campus selon les explications fournies par Berija, un des leaders du mouvement déjà coffré par les forces de l’ordre- ou de répression c’est selon-. Ils ont poussé les enseignants-chercheurs en grève et le ministère de tutelle, celui de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique à trouver un terrain d’entente.

RETARD
À l’origine du blocage, l’engagement de l’État à payer les indemnités des grévistes. Pour la ministre Marie Monique Rasoazananera, des accords ont été conclus entre les deux parties et la poursuite du gel des cours par les enseignants relève d’une mauvaise foi manifeste. En fait, le retard dans l’adoption de la loi rectificative des finances, dont la présentation devant les députés de l’Assemblée nationale aurait dû se faire au mois de mai, lors de la première session ordinaire, contraint les ministères à limiter leurs dépenses de fonctionnement. La solution appartient ainsi au ministère des Finances.
En attendant, les nerfs sont à vif. Des éléments de l’Emmo/Reg ont tabassé avec acharnement un étudiant de première année, dénommé Jean Pierre, au su et au vu du monde entier via les réseaux sociaux. Des actes innommables justifiés par le général Florens Rakotomahanina comme «  étant une arrestation, certes musclée, mais tout à fait respectueuse des principes des manuels de procédés en la matière ». Le pauvre Jean Pierre est accusé « de rassemblement sans autorisation, insultes aux forces de sécurité et d’avoir fomenté un coup d’État ». Du classique dans le répertoire d’un régime obsédé par des actes de déstabilisation. Les États- Unis demandent une enquête approfondie et Rivo Rakotovao, assurant l’intérim à la primature qualifie les événements de « honte pour la nation ».
Hery Rajaonarimampianina ne cesse de prévenir les fauteurs de troubles que les autorités ne feront pas de quartier contre eux. Les « dahalo » cajolés par l’ancien Premier ministre Roger Kolo sont désormais des ennemis de la nation après avoir abattu de sang-froid huit militaires à Ankazoabo-sud. Peut-être que les maltraitances infligées par les troupes du général Florens Rakotomahanina à la députée Lanto Rakotomanga et au pauvre Jean Pierre sont autant de messages codés à l’endroit des candidats à l’opposition radicale du régime : voilà ce qui les attend.
Comme l’a fait Didier Ratsiraka au summum de sa puissance par le massacre des pratiquants du kung-fu dans la nuit du 31 juillet 1985, « étouffés » dans leur tanière d’Ambatomainty et de Behoririka. Il a fallu le passage du Pape Jean Paul II en 1989 pour que les opposants aient osé toiser Didier Ratsiraka. Hery Rajaonarimampianina serait-il tenté de gouverner par la terreur pour asseoir ses autorités fragilisées par les frondes des députés, les contestations syndicales et la témérité des « dahalo », mieux armés et bien entraînés semble-t-il. Si tel est le cas, le pire est à venir pour l’avenir de la démocratie.

Eric Ranjalahy