Un mode d’emploi à usage multiple. Hery Rajaonarimampianina, questionné sur l’éventualité ou la nécessité de remanier le gouvernement, a indiqué qu’il s’y penchera après les communales. Une manière détournée de contraindre les ministres de son parti à s’investir davantage dans le soutien des candidats HVM aux communales. Les membres du gouvernement, une grande première, ont été autorisés de façon officielle à faire campagne. Alors que la dépolitisation de l’administration a été prônée depuis «  la révolution  des ombrelles » de 1991, et le recours aux prérogatives de puissance publique dénoncé avec virulence.
À l’issue des communales, Hery Rajaonarimampianina a pu constituer une majorité des maires et conseillers municipaux. Il répond de facto aux critiques selon lesquelles son parti n’a aucun fondement à travers le pays, et qu’il a été élu président de la République par le pur des hasards. Chemin faisant, il peut se débarrasser à jamais d’Andry Rajoelina et du Mapar qui ont revendiqué la paternité de la victoire au second tour de la présidentielle de l’actuel chef de l’État. Pour ce faire, une majorité composée par les plus versatiles des députés, se forme à Tsimbazaza autour du Programme national du développement, PND. Avec en toile de fond, la mise en pratique du « Pacte de responsabilité » imposée par la Haute cour constitutionnelle afin d’offrir à Hery Rajaonarimampianina une stabilité politique sur un plateau d’argent jusqu’à la fin de son mandat.

Sabotage
Pour mieux saper de l’intérieur la solidarité des députés née lors du vote de la motion de déchéance, des émissaires de la présidence rôdant dans les coulisses de Tsimbazaza, adoptent l’approche personnelle de leurs proies. Les surenchères sont ainsi plus faciles à satisfaire. Urbain Andriantsizehena, député élu à Manakara, est une illustration parfaite  de l’inconstance permanente dans l’attitude des représentants du peuple. Avec Naivo Raholdina du Mapar, il a été parmi les plus assidus à soutenir l’idée de démettre Hery Rajaonarimampianina pour violations répétées de la Constitution.
Aujourd’hui il pense que le PND mérite d’être
soutenu sans que l’on sache comment il va se dérouler.
Au départ, le régime a voulu mettre en avant les grands chantiers des projets présidentiels pour atteindre le taux de croissance « inclusive » de 5% à la fin de l’année. Mais il a changé de cap en privilégiant les négociations avec le Fonds monétaire international, FMI, par des mesures courageuses et impopulaires du projet de loi rectificative des finances. Avec le retard accusé dans son adoption, il serait plus judicieux de présenter aux députés les ébauches de la loi de finances 2016. Dans ce cafouillis politique, Jean Ravelonarivo, le Premier ministre, qui a adhéré aux principes d’un remaniement de son équipe, affirme, contre toute attente, que « rien ne presse pour y procéder ».
Pour lui et ses cent jours, les ministres devaient être évalués sur les résultats de leurs départements respectifs. Ce qui s’éloigne un peu des considérations présidentielles qui ont fait des communales un baromètre d’appréciation.

Imbroglio
Un paramètre pouvant mettre des membres du gouvernement dans l’embarras. Par exemple, Roland Ratsiraka, et ses Travaux publics, durant les communales, a prêché pour la paroisse de son propre parti, le MTS. Mais sur le plan technique, il a fait valoir quelques réalisations, comme l’opération zéro nid-de-poule sur la RN2. Il satisfait, en partie, les désirs du chef de gouvernement, mais va à l’encontre des options présidentielles qui voulaient une cohésion plus forte au sein du gouvernement, reflet de la majorité « chimérique » à l’Assemblée nationale.
La volte-face de Jean Ravelonarivo risque aussi de contrarier les pseudo-alliés du régime HVM. Marc Ravalomanana, en vue de l’ouverture de son entreprise TIKO, espérait obtenir des ministères clés, en contrepartie de l’adhésion de ses députés au schéma tactique mis en place par Hery Rajaonarimampianina, dont la finalité des manœuvres n’est autre que de museler  davantage Andry Rajoelina et annihiler les actions subversives du Mapar. Voilà ce qu’il entend par réconciliation nationale.

Eric Ranjalahy