Jean Ravelonario, Premier ministre, a-t-il raison de différer pour plus tard le remaniement de son gouvernement ? À première vue, il se peut que sa ligne de défense tienne aux multiples avantages et bénéfices que procurent les fonctions gouvernementales aux heureux élus à ces postes budgétivores. Mais à y voir de plus près,  et aussi absurde que cela puisse parâitre, il existe quelques raisons de ne pas changer une équipe qui n’a pourtant rien fait d’extraordinaire depuis sa mise en place et sa constitution.
D’abord, les délicates négociations avec le Fonds monétaire international, FMI, abordent une phase cruciale. Reformater le gouvernement en place reviendrait à redéfinir les objectifs spécifiques de chaque ministère. Alors que le programme à proposer doit être réaliste dans ses finalités et cohérent sur les moyens à mettre en œuvre pour satisfaire les critères de performance préétablis par les bailleurs de fonds. Les pourparlers entre les deux parties ne se présentent pas sous les meilleurs auspices.

quiproquos
La Banque africaine de développement, BAD, toujours présente même durant la période purgatoire de la Transition, a révélé quelques manquements de l’État malgache sur ses engagements financiers. Pour ne citer que les fonds de contrepartie à allouer à des projets déjà entamés. Comme la BAD est associée à des chantiers routiers et des barrages d’irrigation, les craintes invoquées risquent d’avoir des conséquences sur les initiatives présidentielles plutôt concentrées sur le monde rural. Pour sa part, la Banque mondiale a émis des doutes sur le taux de croissance économique, en termes réels du Produit intérieur brut, fixé à 5,5%  à la fin de l’année. Les inondations du début de l’année qui ont dévasté des champs de culture et des infrastructures publiques, la grève chez Air Madagascar qui a ruiné les activités touristiques, les coupures d’électricité de la Jirama qui ont perturbé les productions industrielles, sont autant de facteurs nuisibles à une amélioration des performances économiques et financières.
S’y ajoute le retard accusé de la présentation de la loi de finances rectificative à l’Assemblée nationale, devant combler les lacunes pour arriver à un taux de pression fiscale acceptable par le FMI. Et par un mauvais timing circonstanciel, l’application de la vérité des prix de carburant interviendrait avec la baisse sensible des prix du baril sur le marché international. Mais les ministres peuvent avoir la conscience tranquille. La présidence de la République voit  les choses autrement. Elle se satisfait plutôt des résultats des communales acquis par le HVM, auxquelles les ministres ont été autorisés à mouiller leurs maillots ou leurs tee-shirts, pour obtenir la majorité des mairies, une obsession pour Hery Rajaonarimampianina.
Ainsi les Rivo Rakotovao, Paul Rabary, Ulrich Andriantiana, Marie Monique Rasoazananera, Olivier Mahafaly Solofonandrasana, Narson Rafidimanana, Ahmad, Jean de Dieu Maharante, Beboarimisa Ralava, Anthelme Ramparany, Jean Anicet Andriamosarisoa, Horace Gatien  et ceux qui ont œuvré pour l’hégémonie du HVM, ont une chance évidente de retrouver leurs postes respectifs au cas où le remaniement devrait s’opérer. En dépit des avalanches des critiques qui s’abattent sur eux. Pour les ministères relevant des droits régaliens du chef de l’État (Défense nationale, Sécurité publique, Gendarmerie, Affaires étrangères, Finances et budget, Ressources stratégiques, Justice et garde des Sceaux…) il est peu probable que des changements frappent ces hommes et femmes de confiance de Hery Rajaonarimampianina. Il reste donc les cas d’Onitiana Realy, Roland Ratsiraka, Benjamina Ramanantsoa, Johanita Ndahimananjara, le général Herilanto Raveloharison, Brigitte Rasamoelina, Roland Ravatomanga et Guy Rabesahala.

À NOUS DEUX
Mais il sera difficile de se débarrasser des deux premiers cités qui ont des atouts à faire valoir. L’une par son charisme médiatique et son ancrage au sein du CEDS, l’autre par la notoriété de sa famille politique, au sens propre, toujours influente dans certaines régions. Le troisième a fait acte d’allégeance au candidat HVM dans la capitale, Hery Rafalimanana. La quatrième représente les dissidents du Mapar, avec Jean de Dieu Maharante.  Quant au général Herilanto  Raveloharison, il a été l’architecte du Programme national de développement, PND. Alors que les deux derniers attestent l’ouverture vers Marc Ravalomanana. Le ministre de la Santé publique, le Pr Lalatiana Andriamanarivo, un rotarien de première heure, peut évoquer ses liens avec Jean Ravelonarivo, pour se maintenir. Qu’importe la persistance de la peste ou le retour de la poliomyélite.
Dans ces configurations, les retouches vont-elles concerner une ou deux ministres ? Elles peuvent aussi éveiller les revendications corporatistes en tous genres, comme celles des agents pénitenciers, des employés des services fonciers, désireux d’avoir des départements à eux seuls. Statu quo ou saut dans l’inconnu, aux têtes de l’Exécutif de trancher la poire… en deux !

Eric Ranjalahy