Une route secondaire rocailleuse et sablonneuse mène vers la commune rurale de Betsako, dans le district de Mahajanga II. Elle se trouve à environ 50 kilomètres de la cité des Fleurs, capitale de la région Boeny. Les habitants de la petite ville reculée, mènent une vie paisible mais il leur manque l’essentiel : l’eau.

Avant d’arriver à Betsako, il ne faut pas se tromper de chemin car les embranchements et les bifurcations sont de vrais labyrinthes pouvant induire les automobilistes en erreur. La grande aventure commence à la bifurcation après le point kilométrique 22 à partir de Mahajanga. On ne voit que des dunes et des savanes, puis un village à l’entrée de la commune. Le calme règne un jeudi où l’on remarque moins de mouvement.
Quelques femmes et enfants s’assoient sur une natte sous un tamarinier. Vers midi, ils mangent et juste après le repas, une jeune fille prépare le manioc. Ils étaient là depuis la veille car leur proche vient d’accoucher et ils l’accompagnent. Si les citadins roulent avec leurs  4×4  avec de puissants chevaux pour parcourir les routes en mauvais état des zones enclavées, Soatody Bona et sa famille montent sur une charrette tirée par deux zébus. Elles mettent deux heures pour rejoindre le centre de santé de base à près de 8 km du chef-lieu de commune. « Nous devons rester ici car il n’y a ni chambre ni cuisine pour les accompagnateurs. Dans ce genre de situation, les proches se relaient et s’enquièrent des dernières nouvelles de la mère nouvellement accouchée. Nous en avons l’habitude », explique-t-elle.

Faute de deux ou trois chevaux, deux zébus font l’affaire

Faute de deux ou trois chevaux, deux zébus font l’affaire

La petite famille ne cherche pas le confort. Elle s’équipe des ustensiles indispensables au quotidien, ramène des vivres et des produits de première nécessité et dorment à même le sol et à la belle étoile. Elle ne craint rien puisque les 4435 âmes de la commune ne connaissent pas le mot « insécurité », du moins dans le fokontany de Be-tsako, à l’abri des vols de bovidés, des cambriolages et des attaques à mains armées.
À Betsako, des cases et une poignée de maisons en bâtard entourent le marché communal qui abrite des pavillons en dur et cet endroit est très fréquenté tous les mardis. « C’est le jour de marché et les femmes enceintes en profitent pour venir nous consulter pour le suivi de leur grossesse et la vaccination », signale la Dr Marie Romule Razafisambatra, médecin-chef du centre de santé de base de niveau II de la commune. Ce centre fonctionnait auparavant avec l’énergie solaire, mais les panneaux sont endommagés et ils ne peuvent plus assurer le pompage de l’eau à partir du puits qui sert de salle d’accouchement et de salle de soins. Il faut donc aller chercher de l’eau à la rivière à  plus d’un kilomètre en aller et retour. « Surtout en cette saison sèche, la rivière se tarit et nous devons boire de l’eau saumâtre », poursuit la médecin-chef.

Mafodofo, le doyen de Betsako prend son goûter

Mafodofo, le doyen de Betsako prend son goûter

La population locale prend la vie telle qu’elle est. Elle se consacre à l’élevage de zébus, à la culture de manioc, de riz, de tomates et elle écoule ses produits sur le marché local. Des habitants de Betsako, malgré l’éloignement, se déplacent vers Mahajanga pour les affaires courantes et l’approvisionnement. Ils paient 3000 ariary et partent à bord d’un camion-bus.

Farah Randrianasolo