Quel commentaire pouvez-vous faire sur le Plan sectoriel de l’Éducation ?
La direction aimerait attirer l’attention de tous que nous avons besoin de changement à la base, mais nous précipiter nous mènera au gaspillage si les premiers responsables ne réfléchissent pas aux priorités.

D’après vous, quelles sont les priorités ?
Je mentionnerai trois axes prioritaires, à savoir la formation des enseignants, la production d’ouvrages et le renouvellement du programme scolaire. Nous savons tous que le processus de réforme tant prôné exige du temps, de l’argent et des ressources humaines. Voilà pourquoi il faut dépolitiser le système. Dans ce sens, l’idée revient à l’exécution de ce que commande la politique nationale. Je cite en exemple le cas des enseignants formés dans les instituts. Pourquoi ne pas les placer dans les écoles pour ne recruter qu’une poignée d’enseignants Fram? Suivant la suite logique, ces derniers ont appris la pédagogie et la psychologie et sont en mesure de transférer les connaissances aux élèves. Si nous tenons compte des infrastructures, les écoles de proximité résolvent le problème, mais tout cela devrait s’établir suivant une carte scolaire qui enregistre le nombre d’écoles et de niveau existants en fonction de la taille de la population d’une circonscription, dans un fokontany et une commune. On ouvre des écoles, mais les enseignants compétents et les ouvrages pédagogiques prévus pour les enseignants et les élèves font défaut. Si les écoles publiques contiennent tous les élèves, les écoles privées qui pensent au business et à la concurrence déloyale disparaissent.

Le cycle d’études durera neuf ans pour l’éducation fondamentale, trouvez-vous une faille à cette nouvelle proposition ?
Le fait de subdiviser en trois sous-sections l’éducation fondamentale ne nous gêne pas. Seulement, tous les acteurs devraient cogiter sur les approches puisque nous ne pouvons pas nous contenter de l’Approche par objectifs améliorée uniquement (APO) qui développe les compétences. Sans situation, les enseignants ne pourront pas atteindre les objectifs. Les trois approches APO, APC et APS se combinent alors dans l’exécution des programmes. Nous aimerions également insister sur le système d’évaluation. Les notations n’aboutissent pas aux objectifs et résultats attendus car il ne s’agit pas de recueillir une moyenne, mais de juger les capacités des élèves qui réagissent par rapport aux connaissances acquises.

Et quelle critique apportez-vous sur les vacances ?
Voilà une question délicate. Nul n’ignore que le changement climatique affecte notre pays. Si nous envisageons de commencer l’année scolaire au mois de mars, le cataclysme naturel bouleverse la rentrée. Nous en avons fait l’expérience avec le cyclone du mois de mars car tout le monde a pensé que l’aléa allait survenir au mois de février. Si nous optons pour les grandes vacances de quatre mois, cela ne sert à rien parce que les élèves oublieront tout ce qu’ils ont appris. En moyenne, la durée devrait être deux mois et demi.

Votre opinion sur la langue d’enseignement?
Nous tergiversons sur le bilinguisme alors que la politique de l’éducation indique clairement que la langue d’enseignement reste le français. Il est grotesque de voir les inscriptions « école d’expression?française?».?Nous sommes entièrement d’accord sur l’application de la langue maternelle pour le premier sous-cycle de l’éducation fondamentale. Ceci dit, si un enfant étudie à Ambatondrazaka, le transfert de connaissances se fera dans la langue des Sihanaka, pareil pour un enfant qui grandit à Vatomandry qui exploitera la langue des Betsimisaraka. C’est à partir de la quatrième année que la langue française sera introduite pour faciliter la transmission du savoir.

Quelle solution proposez-vous pour que le PSE soit efficace?
Le favoritisme, la corruption, l’intervention politique et la mauvaise gouvernance ainsi que le changement climatique ont miné le secteur de l’éducation. Conduisons la réforme graduellement en commençant par le changement d’état d’esprit des acteurs (journalistes, leaders religieux, parents, enseignants…) qui devraient s’épargner les beaux discours, mais se focaliser sur les élèves. Autrement, la politique des livres est l’une des conditions exigées pour la réforme car si nous ne réussissons pas à nous mettre d’accord sur la langue et le contenu, nous formerons des bâtards.

Propos recueillis par Farah Raharijaona