L’insurrection a été prévue éclater à 22 h dans cinq villes Moramanga Manakara, Fianarantsoa, Antananarivo et Antsiranana.

Les rebelles de la capitale renoncent in extremis car les agents policiers ont commencé à inspecter les voitures à partir de 7 h du soir.
À Antsiranana, les insurgés ont réussi à couper l’électricité. Parvenus au camp militaire Lazaret, les militaires, dont les deux tiers sont leurs complices, sortent comme convenu les armements, censés être utilisés pour attaquer les « vazaha ». Mais 80% des rebelles ne sont pas venus, des traîtres les ayant dissuadés. Ainsi, les militants se font prendre. En tout, les colons en emprisonnent mille.
OPÉRATIONS
À Fianarantsoa, les rebelles coupent l’électricité à Talata-Ampano, à quelques dizaines de kilomètres de la ville, espérant ainsi se facili-ter la tâche. Mais ils se font également prendre lors de l’attaque du camp militaire, la résistance coloniale s’étant déjà apprêtée. Les actions n’auront été plus ou moins réussies qu’à Manakara. À 22 h, les insurgés ont attaqué les camps de police et de gendarmerie. L’opération s’est bien déroulée, leurs complices militaires n’ayant pas montré de la résistance. Les rebelles ont par la suite attaqué des terres coloniales et les bâtiments publics. Il s’agissait surtout de dépouiller les résidents français.

Des nationalistes malgaches arrêtés par des militaires marocains

Des nationalistes malgaches arrêtés par des militaires marocains

Les instigateurs se sont déjà donné le mot d’ordre selon lequel aucun sang ne serait versé, sauf en cas de résistance et que les femmes, les enfants, les missionnaires et les étrangers non français seraient isolés. Néanmoins, des actes violents ont quand même eu lieu à Ambila, Sahasinaka et Ampasimanjaka.

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200 prisonniers fusillés

L’administration coloniale soupçonne le Mouvement démocratique pour la rénovation malgache (MDRM) d’avoir perpétré le coup. Dès le lende-main de l’insurrection, les membres connus du MDRM, sont arrêtés. Raseta est arrêté à Paris le 6 avril, Ravoahangy et Raseta le 14 mai malgré l’immunité parlementaire. Moramanga, Ambatondrazaka, Vohipeno, Manakara, Fiana-rantsoa, Ifanadiana, Manan-jary, Nosy Varika, Mahanoro, Vatomandry et Antananarivo sont mis en état de siège. En-tre avril et août, 30 000 militaires de Djibouti et du Séné-gal ont été envoyés dans l’île pour réaliser la nouvelle conquête coloniale.
Les prisonniers endurent diverses tortures, telle celle consistant à tremper leur tête dans un seau rempli d’eau bouillie et épicée, jusqu’à ce qu’ils dévoilent les noms d’au-tres rebelles. En même temps, les colons procèdent à l’in-cendie des villages environnant les régions réputées révoltées et y jettent des pri-sonniers vivants par avion pour terroriser la population. Les membres du Parti des déshérités de Madagascar (Padesm) confisquent les biens et les épouses des insurgés sont faites prisonnières.
Tous les partis sont  dissous le 10 mai 1947. Cinq jours plus tôt, les forces coloniales capturent 166 membres du MDRM à Ambatondrazaka qui ont opéré à Moramanga. Elles les ramènent en ville et les fusillent dans le train. 71 d’entre eux en sont rescapés, certains avec beaucoup de blessures. Les militaires les fusilleront dans la forêt de la ville. Un seul en a survécu.
Les insurgés qui ont échappé aux colons se  réfugient sur la côte Est. Ils prolongent la guerre jusqu’en juillet 47, no-tamment le long de la côte Est. Ils détruisent les rails de Moramanga entre avril et mai, puis ceux d’Antananarivo et de Fianarantsoa, tout en accomplissant des violences sporadiques envers les résidents français.
Mais les troupes de répression ayant fait de Moramanga et de Manakara leurs bases de départ, les rebelles  se retran-chent dans les forêts du sud. Ils y subissent une rude épreuve, s’habillant vaille que vaille, se nourrissant de racines, de tavolo et de hofika…La plupart meurent de maladies diverses.

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2 500 morts à Moramanga

À Moramanga, les 2000 insurgés ont attaqué les lieux fréquentés par les Français et leurs résidences, notamment la gare, l’hôtel Larrieu et le camp Tristani. Ils parviennent aisément à tuer les officiers français qui surveillent le bourg, ceux-ci dormant profondément. Par contre, les tirailleurs sénégalais qui gardent le camp militaire sont mieux armés que les re-belles. L’armement leur étant inaccessible, les insurgés se retirent au matin avec la population rurale.
Les tirailleurs vont se venger en se rabattant sur les indigènes. Dès le lever du soleil, ils en-treprennent d’incendier toutes les maisons. Le renfort une fois arrivé vers midi, ils massa-crent à coups de baïonnette tout ce qui bouge. En trois jours, 2500 individus, dont 60% sont des femmes et des enfants, ont péri.

Andry Riantsalama