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Santé publique – Le label « Free polio » accordé

Les efforts déployés dans la lutte contre la poliomyélite ont payé. La maladie est éradiquée du territoire malgache

Madagascar sort de la liste des pays où la poliomyélite continue à sévir. Le label « Free polio » ou pays libéré de la poliomyélite lui a été accordé par la Commission régionale de certification pour la région Afrique (CRCA). C’était à Abuja Nigeria, le 21 juin, lors de la présentation du dossier de Madagascar par une délégation malgache. « Cette certification signifie que le virus ne circule plus sur la Grande île », souligne le ministre de la Santé publique, le Pr Yoël Harinirina Rantomalala. Madagascar a déjà postulé pour cette certification, en 2008, mais son dossier a été refusé. Les conditions requises n’ont pas été remplies.

Des centaines d’enfants malgaches ont fait les frais de cette maladie invalidante, et parfois mortelle, pendant une décennie, depuis les années 80 jusque dans les années 90. « J’ai perdu l’usage normal de mes pieds, quand j’avais 5 ans. Nous habitions Besarety, à l’époque. On m’a raconté qu’il y avait une inondation dans notre quartier et en me plongeant dans l’eau sale, je suis tombée malade et mes membres inférieurs ne pouvaient plus bouger par la suite », raconte Marina, une quadragénaire qui a attrapé le virus de la poliomyélite sauvage dans les années 80. Marina n’a pas été vaccinée lorsqu’elle était petite. «Selon mes parents, j’avais toujours la fièvre lorsque j’allais me faire vacciner. À la fin, je n’ai jamais été protégée. C’est ce qui explique pourquoi j’ai attrapé le virus, alors que mes frères et sœurs ne l’ont pas eu », regrette-t-elle. Marina fait particulièrement attention à la santé de ses enfants. « Je ne rate jamais les vaccinations de mes enfants. Je ne veux pas qu’ils vivent le même cauchemar », conclut-elle.
Le dernier cas de poliomyélite sauvage a été enregistré en 1997. En 2014, la maladie a refait surface. Elle a été détectée avec Le virus dérivé de poliovirus (VDPV) sur une petite fille d’Analalava, lorsque le ministère de la Santé publique se préparait à soumettre à nouveau le dossier pour la certification « Free polio » auprès de la CRCA.
Tous les enfants atteints de la paralysie flasque aigüe ont été recherchés et les prélèvements ont été analysés auprès de l’Institut Pasteur de Madagascar. Entre octobre 2014 et juin 2015, onze cas ont été notifiés à Madagascar, à Analalava, à Nosy Varika, à Mahajanga, et dans le Sud de l’île. Une épidémie de poliomyélite s’est déclarée, entre 2014 et 2015. « Autour du cas d’une victime de la poliomyélite, il y a deux cent personnes porteurs de virus asymptomatique », explique la Pr Charlotte Ndiaye, représentante résidente de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Vigilance
Treize campagnes de vaccination ont été, alors, effectuées, depuis le début de l’épidémie. L’objectif était d’atteindre tous les enfants non vaccinés pour protéger de cette maladie tous les enfants sur le territoire malgache. Car à Madagascar, le taux de couverture vaccinale est bas, notamment dans les zones enclavées et les zones non sécurisées. La grande majorité de la population de ces zones n’ont pas accès aux offres de santé de base. Dans certaines communes, les villageois doivent traverser plus de quinze kilomètres pour bénéficier de soin.
Les efforts déployés par l’État et soutenus par les partenaires comme l’OMS, la Polio Global Initiative, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, l’Agence des États-Unis pour le développement international, le Gavi, le Rotary Club, ont été fructueux. Aucun cas de poliomyélite n’a été détecté parmi tous les cas de paralysie flasque identifiés depuis 2015, selon les résultats d’analyses réalisées par l’IPM. Le taux de
couverture vaccinale a, en outre, augmenté. En moyenne, 90% des enfants à Madagascar ont reçu les doses nécessaires, après ces campagnes. Les rumeurs, qui ont provoqué et développé la réticence chez certains parents, n’auraient pas eu beaucoup d’impact. Les agents de santé seraient parvenus à vacciner la grande majorité des enfants ciblés.
La surveillance des cas de paralysie flasque aigüe et cette campagne devraient continuer, malgré l’éradication de la maladie sur le sol malgache. Deux campagnes de vaccination anti-poliomyélite par an sont envisagées. « Il faut rester vigilant. Le virus peut encore être importé de pays étrangers, africains par exemple, où le virus continue à circuler », indique le Pr Yoël Harinirina Rantomalala. Afghanistan, Pakistan, Nigeria, Syrie, la République démocratique du Congo, enregistrent encore des cas, et le mouvement des porteurs de virus asymptomatique provenant de ces pays vers Madagascar ne peut être maîtrisé. La Grande île risque le retrait du label, en cas de baisse de vigilance.

Par Miangaly Ralitera