Interview

Dr Eric Andrianasolo – « La politique des génériques réduit les dépenses de santé »

La couverture de santé universelle suppose un système de santé efficace et à moindre coût. Le président de l’Ordre national des médecins de Madagascar le Dr Eric Andrianasolo, révèle que la politique des génériques réduit les coûts des ménages en matière de santé 

Quel objectif la couverture de santé universelle vise-t-elle au juste?

La Couverture de santé universelle (CSU), un programme de l’Organisation mondiale de la Santé, préconise que tout individu accède aux soins sans dépenser beaucoup d’argent. Autrement dit, une famille n’est pas obligée de vendre son patrimoine pour trouver des moyens financiers qui assurent une meilleure santé. Nous savons tous que la santé se paie, mais il importe de trouver des systèmes qui allègent les charges. Les secteurs public et privé apportent leur contribution de manière à ce que la population profite à un genre de sécurité sociale. Quel que soit le régime qui se relaie, le programme qui s’applique, cette CSU devrait être mise en œuvre.

Dans un pays comme le nôtre, comment un Malgache peut-il avoir la sécurité sociale?

Outre la CSU prise en main par l’État, il existe les mutuelles de santé qui facilitent l’adhésion des usagers grâce aux cotisations qui minimisent leurs dépenses en cas de maladie. Une initiative privée telle que le Réseau de santé communautaire d’Atsimondrano représente ce modèle. Les cotisants, après une consultation, reçoivent des médicaments conformément aux soins prescrits.

Des familles cotisent et au bout d’une année, si elles ne souffrent d’aucune maladie, elles ne paient plus l’année suivante. Pourquoi?

Les ressources insuffisantes expliquent cette décision. Normalement, les adhérents paient leur cotisation annuelle à l’avance. Parfois, personne ne tombe malade et cela encourage une famille à se désabonner.

Certaines familles se plaignent aussi du coût exorbitant mentionné sur leur facture après une hospitalisation. Comment pouvez-vous l’expliquer?
Je tiens à informer le grand public que les soins et les actes chirurgicaux au niveau des établissements publics sont gratuits tandis que les consommables et les divers examens sont payants. Le grand problème se pose quand un patient meurt en marge d’une intervention alors que sa famille a versé une grosse somme. Cette dernière porte l’affaire en justice pour demander réparation des préjudices.

Qu’en est-il des équipements médicaux dans les hôpitaux malgaches?

Les établissements hospitaliers disposent de matériel avec lequel toutes les interventions chirurgicales sont possibles, à l’exception de celles qui touchent le cerveau, celles-ci nécessitant une technologie de pointe. Les formations sanitaires publiques sont saturées puisque tout un chacun a ses propres possibilités. Voilà pourquoi les structures des centres de santé de base, des centres hospitaliers de référence au niveau des districts et des régions s’implantent. Si un patient a besoin d’un scanner, il s’adresse au centre hospitalier universitaire.

Bon nombre de Malgaches se fient aussi à l’automédication, une pratique courante qu’ils croient abordable et efficace. Celle-ci fait-elle partie de la CSU?

La conviction que la médecine traditionnelle guérit, anime les Malgaches. Ils recourent à cette méthode dans le but de dépenser peu. De plus, ils se sentent bien à l’aise avec l’accueil, les soins et l’art de convaincre. Les tradipratriciens ne font pas que traiter les maladies, ils entretiennent aussi leurs corps et âme. Or, ils ne se rendent pas compte des dangers encourus si la pharmacopée traditionnelle ne résout pas leur problème. Elle entraîne au contraire de graves complications.

Pourquoi dites-vous que la médecine traditionnelle entraîne des complications?

Dans les réseaux sociaux, des amateurs qui ne sont ni médecins ni membres du personnel de la santé publient des astuces et des remèdes que les internautes prennent pour vérité. Les adultes, responsables peuvent très bien en jauger les impacts. Je ne comprends pas que des parents prennent en compte la nouvelle qui se répand dans le public et qui s’essayent à ces astuces pour soigner leurs enfants alors qu’elles ne sont pas vérifiées. C’est comme s’ils empoisonnaient leurs enfants. En termes de traitement, il convient de suivre le protocole afin d’éviter les dérives. La médecine moderne respecte une règle. Les médecins n’emploient que les thérapeutiques scientifiquement éprouvées. L’Ordre national des médecins ne gère pas la médecine traditionnelle car une direction spéciale au niveau du ministère de la Santé s’en charge.

Les médicaments coûtent cher. Quel moyen proposez-vous pour amortir les dépenses familiales sur ce point?

Il y a ce qu’on appelle la politique des génériques. Elle réduit les dépenses de santé. L’Ordre national des médecins encourage la population à plutôt utiliser les médicaments génériques que les médicaments de spécialité en suivant le référencement. C’est-à-dire, si un enfant tousse, il est préférable de se rendre chez le médecin de famille ou un médecin généraliste. Il ne faut pas sauter la hiérarchie. Si le médecin réfère le cas, c’est à ce moment-là que les parents contactent un spécialiste.

Mais le fait d’entendre le mot « générique » suffit à un patient pour croire que le médicament n’est pas efficace.

Auparavant, nous avons commandé des médicaments génériques d’origine européenne. Actuellement, ceux en provenance d’Asie et de l’Inde circulent sur le marché. Il n’y a rien à craindre quant aux génériques parce qu’ils obtiennent tous une autorisation de mise sur le marché, c’est-à-dire qu’ils ont été contrôlés. Si le médicament générique n’agit pas, le patient l’a acheté n’importe où soit dans un marché noir, un marché à ciel ouvert ou dans un coin de rue. Ils réduisent les dépenses jusqu’à 80% et 90%.

Il existe des cas où des pharmaciens remplacent le médicament prescrit par un autre. Comment un usager peut-il être assuré qu’il s’agit du même traitement?

La notion de bioéquivalence exige que le médicament fournisse le même mode de libération et de diffusion dans l’organisme. La substitution d’un médicament générique se conforme ainsi à la même forme, même dose et même composition. Un comprimé de paracétamol ne peut jamais être remplacé par un comprimé d’efferalgan. Les médicaments s’accompagnent d’un code couleur. Alors, la vigilance est de mise. Il faut s’en procurer uniquement chez les pharmaciens et les dépositaires.

Côté personnel, qui peut exercer le métier de médecin?
Un médecin qui a prêté serment, est diplômé d’État et inscrit au tableau de l’Ordre, peut exercer à Madagascar. Les médecins formés à l’étranger doivent faire approuver l’équivalence de leur diplôme auprès du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique avant d’adhérer à l’Ordre national et prendre leur fonction. À titre informatif, le serment du médecin a été amendé par la soixante-huitième Assemblée générale de l’Association médicale mondiale réunie à Chicago en octobre 2017.

Propos recueillis par Farah Raharijaona