Interview

Riana Andriamandavy II – « Les enjeux juridiques du Code de la communication médiatisée, à revoir »

Un des ministres contestés du nouveau gouvernement dirigé par Christian Ntsay, Riana Andriamandavy VII, ministre de la Communication et des relations avec les institutions, déclare pouvoir assurer sa nouvelle fonction. Juriste et administrateur public, il prévoit de déclencher un processus de concertation entre les acteurs du métier de la Communication afin de revoir les « enjeux juridiques » du Code de la communication médiatisée, encore non validé par la Haute cour constitutionnelle

Le milieu journalistique vous a discrédité et a exigé plutôt quelqu’un qui relève du métier. Qu’en pensez-vous ?

Vous avez peut-être remarqué que les contestations se sont calmées. Ceci, parce qu’il y a eu des échanges et des éclaircissements de points de vue, de partage de vision à court et à long termes entre les journalistes et moi-même. En substance, beaucoup n’ont pas su car ils n’ont pas été informés de la mission que je dois mener en tant que ministre de la République de Madagascar. Il faut reconnaître, par ailleurs, qu’il est impossible de trouver toutes les spécialités chez une personne pour qu’il soit à la fois ministre, juriste, journaliste, communicant, communicateur, imprimeur, animateur ou relevant des métiers de la communication. À mon avis, les avis et les compétences sont complémentaires.

Quelle est cette mission ?

La mission est de suivre la politique générale et les priorités de l’État tout en ayant une vision dans ce secteur spécifique qu’est le ministère de la Communication et des relations avec les institutions. La communication englobe beaucoup d’autres activités, de même que les relations avec les institutions. La Haute cour constitutionnelle a émis des réserves quant au Code de la communication médiatisée, ayant également créé des discordes entre les acteurs du secteur. Aussi, les enjeux qui sont surtout d’ordre juridique dans ce Code, méritent-ils d’être repassés au peigne fin. Je fais ainsi savoir que le processus est enclenché, mais que celui-ci se fera d’une manière concertée. En bref, c’est le principal objet de ma mission, revoir les enjeux juridiques de ce Code de la communication médiatisée.

C’est cet espace de dialogue concerté qui déterminera ce qu’adviendra le Code de la Communication médiatisée

Comment comptez-vous vous y prendre vu que les points de vue divergeront malgré l’existence ou non d’une concertation pour la revue de ces détails juridiques ?

Certes, les points de vue seront toujours différents car de nombreux acteurs sont concernés et auront constamment des conflits d’intérêt. La manière concertée apportera au moins une bouffée d’oxygène à cette situation tendue. Ce Code ne sera jamais parfait pour tout le monde, mais au moins, un nouveau souffle doit y être apporté. De manière concertée veut dire plus d’inclusion de part et d’autre, que l’on a peut-être omise de considérer dans l’élaboration du Code.

Aura-t-on le temps de suivre encore ce processus vu que la priorité de l’État est l’organisation des élections ? Ou ce Code doit-il être fignolé avant les élections ?

Le processus est enclenché, comme je l’ai déjà souligné. C’est cet espace de dialogue concerté qui déterminera ce qu’il adviendra de ce Code, ce qu’on doit y retoucher ou non, ainsi que les autres détails. C’est une loi et le « réaménagement » doit se faire avec une approche juridique pour arriver à un décret d’application. L’important est que l’État fasse le pas et manifeste la volonté de parfaire ce Code de la communication médiatisée. Veiller également à sa cohérence avec la Constitution et sa synergie d’ensemble avec les autres lois et textes existant dans le pays.

Quelle est la place du ministère des Relations avec les institutions ?

Suivant toujours la priorité de l’État qui est d’organiser des élections, les relations avec les Institutions seront redynamisées. Les institutions publiques et privées, la société civile et les partenaires techniques et financiers seront à mettre beaucoup plus en relation. Je souligne particulièrement la Commission électorale nationale indépendante qui ne doit pas travailler seule en cette période pré-électorale. La mise en cohérence des informations avec et entre les autres institutions constitue le grand chantier de ce domaine des Relations avec les institutions. C’est, par ailleurs, un processus qui a pour finalité la transparence des élections.

La télévision nationale a ouvert ses portes aux opposants du régime. Est-ce seulement pour une période donnée ou à long terme ?

L’État, à travers le ministère de la Communication et des relations avec les institutions, prône l’ouverture et le dialogue. Ce que j’ai personnellement entrepris avec le monde de la Presse et ce que je ferai encore avec d’autres acteurs. Les informations sont destinées à toute la population malgache et le ministère veille justement à ce rôle majeur. Les chaînes nationales jouent ce rôle d’information et d’éducation citoyenne, et un des grands chantiers du ministère consiste à étudier les paramètres de cette ouverture. Les statuts juridiques des chaînes et stations, encore en marche ou suspendues de diffusion, seront revues.

Propos recueillis par Mirana Ihariliva. Photos Claude Rakotobe