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Santé – Les gains et pertes autour de la nutrition

Des journalistes et animateurs d'antenne apprennent les bases de la nutrition

La nourriture fait vivre et tue en même temps. Une alimentation saine et équilibrée garantit la bonne croissance d’une personne, tandis qu’une mauvaise nutrition entraîne des maladies et engendre une grosse perte du point de vue économique

Pour une alimentation diversifiée, saine et équilibrée. La question de la malnutrition touche presque toutes les couches sociales. À Madagascar, 47,3 % des enfants âgés de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique qu’on connaît sous l’appellation de retard de croissance. Il importe également de souligner que 9 % des enfants de cette même tranche d’âge sont atteints de malnutrition aigüe ou de maigreur. L’une ou l’autre est grave puisque la malnutrition aura un impact sur la vie productive d’une personne à l’âge adulte, avec une incidence sur la croissance économique du pays. La malnutrition est à la fois cause et conséquence de la pauvreté. Il faut comprendre sa définition afin de justifier sa relation avec les autres secteurs.
« La malnutrition est un état qui résulte des carences en nutriments. Elle s’associe souvent à l’insécurité alimentaire, au mauvais état de santé, aux mauvaises conditions d’hygiène et d’assainissement et la pauvreté », indique Harilalao Razafimandimby, responsable de la communication pour le changement de comportement au sein de l’Office national de nutrition (ONN) au cours d’une formation de journalistes et d’animateurs d’antenne à Toliara, fin mai. Cette formatrice détaille que la malnutrition provient de plusieurs facteurs parmi lesquels les maladies et la consommation alimentaire inadéquate. « Ces deux paramètres s’expliquent par l’accès insuffisant aux aliments, aux soins inadéquats prodigués aux mères et aux enfants, aux services de santé et également par l’environnement malsain », professe-t-elle.
En amont, les causes écologiques, les conditions techniques et sociales de production ainsi que les facteurs politiques et culturels établissent les causes fondamentales de la malnutrition.

Impacts
Ce mauvais état nutritionnel touche grands et petits puisqu’il provoque une mortalité accrue, une mauvaise santé, un retard du développement cognitif, un ralentissement de la croissance physique, une réduction de la capacité d’apprentissage, une réduction de la performance au travail, de la productivité (force, énergie, capacité d’analyse, d’initiative et de création…) et des revenus à l’âge adulte.
Le Dr Léonide Rasoahenikaja, assistant technique régional en nutrition de l’Unicef dans la région Vakinankaratra, expose que dix-huit mille décès annuels sont liés à l’état nutritionnel de la mère, au comportement relatif à l’allaitement maternel, à l’insuffisance pondérale des enfants et aux carences en minéraux ou en vitamines. Plus de la moitié des enfants en dessous du poids/taille normale, ou qui souffrent d’anémie ou de carences en iode, font l’objet d’un déficit mental et de développement physique, présentent de faibles performances à l’école. Ces derniers seront donc moins productifs à l’âge adulte, ce qui se traduira par une dépréciation du PIB de 425 millions USD par année.
Ce médecin poursuit que des pratiques inadéquates d’allaitement et des carences en zinc causent 1,6 million de cas annuels de diarrhées et d’infections respiratoires chez les nourrissons. Cela engage des coûts excessifs pour les familles individuelles et le système de soins de santé en engendrant des dommages de plus de 30 millions USD.
Du côté des adultes actifs, l’anémie affecte environ trois millions d’entre eux et ces derniers s’exposent à une fatigue et une faiblesse chroniques. Ce qui réduit leur rendement et leur perte en production économique s’estime à 128 millions USD chaque année.
L’état des bourses compte beaucoup pour les familles parce que les dépenses journalières en matière de repas dépendent du nombre de bouches à nourrir. Un couple engage environ 6 000 ariary pour les trois repas. Cette somme augmente en fonction du nombre d’enfants à la maison. Cependant, certains ménages fixent l’argent destiné aux trois repas journaliers.

Les féculents peuvent très bien être servis en entrée

Perceptions
« De nos jours, il est difficile de composer un menu qui réunit tous les aliments de base. Pendant la journée, il suffit de combiner les produits laitiers, les fruits, les légumes et les légumineuses. Ils nous procurent les calories dont notre corps a besoin », témoigne Adèle Razanatovo, restauratrice. Elle ajoute que le fait de consommer rarement de la viande apporte des bienfaits pour la santé.
Miadana Rason, femme au foyer, confie qu’en ce moment, elle ne prépare de la viande que pour les grandes occasions. « Il vaut mieux savoir gérer le portefeuille et penser à la santé de tous en optant pour les plats à moindre coût, sains et légers », conclut-elle.

L’allaitement exclusif de six mois garantit la bonne croissance d’un nourrisson

Mise sur les mille premiers jours
La vie adulte se façonne dès la conception de l’enfant. Si les parents négligent la bonne nutrition pendant la grossesse jusqu’à l’âge de 2 ans de leur enfant, celui-ci survivra mais sera chétif. Au cours de la grossesse, la mère mangera en quantité et en qualité, en préparant une nourriture saine, équilibrée et diversifiée.
Après l’accouchement, il est de son devoir de mettre le nouveau-né au sein et de pratiquer l’allaitement exclusif jusqu’au sixième mois. Elle introduit progressivement une alimentation complémentaire adaptée, enrichie et variée à partir de 6 mois et maintient l’allaitement maternel jusqu’à l’âge de
2 ans. Elle ne manquera pas de respecter les normes d’hygiène alimentaire et corporelle, dont le lavage des mains après les moments critiques et avant la préparation des repas.

Ils ont dit

La question de la malnutrition touche presque toutes les couches sociales

Nandrianina Malalanirina – Journaliste
« Une bonne nutrition signifie adopter une alimentation variée et équilibrée, c’est-à-dire, manger de tout, mais en quantités adaptées. Cela consiste à privilégier les aliments bénéfiques à notre santé tels que les fruits, les légumes, les féculents, les poissons, la viande et à limiter la consommation de produits sucrés (friandises, boissons sucrées…), salés (gâteaux apéritifs, chips…) et gras (charcuterie, beurre, crème…). Cet équilibre alimentaire ne se construit pas sur un repas ou sur une journée, mais plutôt sur la semaine. C’est pour cela qu’il n’existe ni aliment interdit ni aliment miracle. Tout est question de choix et de quantité. Ainsi, un repas festif peut être compensé avec des repas plus légers et équilibrés par la suite. Combinée à une activité physique régulière, une alimentation adaptée contribue à limiter la prise de poids, mais également un certain nombre de problèmes de santé. Composer des menus variés est un bon moyen pour instaurer de bonnes habitudes alimentaires. Boire de l’eau fait aussi partie d’un bon équilibre alimentaire. »

Sitraka Rajaonarisoa – informaticien
« À mon avis, une bonne nutrition se résume par une alimentation saine, hygiénique et équilibrée. Des bureaucrates, écoliers, collégiens et lycéens fréquentent des snacks pour avaler de la bouffe rapide. Ils commandent des frites, du hamburger et du coca qui accumulent les graisses et le sucre dans notre organisme. Partout où nous allons, les restaurants, les gargotes et les grands hôtels nous exposent à divers risques. Autant préparer les repas chez soi. »

Textes par Farah Raharijaona