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Air Madagascar-Air Austral – L’État sollicité à être plus exigeant dans le partenariat stratégique

Du plomb dans l’aile pour Air madagascar

Trois compagnies aériennes ont participé à la récente édition de la Foire Internationale de Madagascar, FIM. Une participation et une présence qui attestent, si besoin est, que le secteur aérien occupe une place de choix dans l’optique du développement économique du pays. Le contraire aurait étonné

Dans le cadre de la Politique nationale de développement (PND), L’État malgache a adopté sous forme de décret, la lettre de politique de transport aérien. En somme, pour l’Exécutif, l’essor de l’industrie aérienne, en général, et le redressement de la compagnie aérienne nationale, en particulier, ont un caractère vital. C’est pour cette raison, du reste que l’État réalise tous les efforts envisageables pour que le pays puisse se doter de sa propre compagnie aérienne fiable et performante.

Exigences
Dans la foulée de cette politique volontariste, suite aux efforts consentis et affirmés par l’Aviation Civile de Madagascar, ACM, un organe sous tutelle du ministère des Transports et de la météorologie, l’inclusion d’Air Madagascar dans l’annexe B des listes noires de l’Union européenne, a été levée. Il revient désormais à l’administration et la direction générale d’Air Madagascar de s’atteler aux actions concrètes pour son « envol ». Et surtout ne plus revenir aux errances du passé.
Même si la signature de l’accord de partenariat stratégique a accusé du retard sur le calendrier préétabli, l’Etat avait signifié sa détermination à avancer dans le processus de redressement en débloquant des centaines de milliards d’ariary pour effacer les ardoises de la compagnie nationale aérienne. Estimée à 88 millions de dollars. Comme il s’agit d’un énorme sacrifice financier soutiré sur l’argent des contribuables, l’État jouit de fait d’un droit de regard sur la responsabilité des uns et des autres concernant l’avancement et l’efficacité de ce partenariat stratégique. Du côté du personnel d’Air Madagascar, il est ressenti un engouement général, un bel élan collectif de tous qui se mobilisent pour réussir de redressement. Mais aux dernières nouvelles qui filtrent du milieu proche du dossier, il est inquiétant d’apprendre que cette impulsion pourrait être stoppée nette par certains constats qui sautent aux yeux comme une évidence.

Vont-ils venir ces touristes attendus?

Doutes
Des questions commencent à se poser sur la réelle capacité d’Air Austral à accompagner le développement futur d’Air Madagascar. Fortement concurrencée, la compagnie régionale réunionnaise se sert plutôt des avantages d’Air Madagascar en termes de réseau régional.
Du côté des observateurs qui épient et scrutent le moindre mouvement, on arrive aussi à émettre des réserves sur ce choix d’Air Austral. Et ce, en se référant sur la capacité des autres compagnies opérant sur le ciel aérien malgache à offrir des connexions vers les grands pays qui drainent derrière elles un flux important, ininterrompu et considérable de touristes étrangers pouvant visiter Madagascar. Les Ethiopian Airlines, Air Mauritius, Air France… sont parties prenantes dans les alliances aériennes permettant l’accès à ces connexions qui sont autant de leviers de la relance économique. Faut-il rappeler que l’un des objectifs du PND est d’augmenter le nombre d’arrivées touristiques, à travers l’existence de compagnies aériennes compétitives.
Dans la foulée de ce ballet aérien, l’exigence d’une sécurité aérienne, étant indispensable, les autorités à travers l’ACM, ne transigent guère sur l’application des réglementations en vigueur. Qui doivent être les mêmes pour toutes les compagnies. Sans exception aucune. Le premier objectif étant le maintien d’un niveau de sécurité fiable et irréprochable. Pas question, en tout cas, pour ces autorités de déroger sur les règles pour avantager ou favoriser le tandem Air Austral -Air Madagascar.
Le souhait de tous s’oriente vers le succès commun des deux compagnies. Mais la transparence doit être la règle d’or des transactions en cours ou à venir, afin d’éviter que ce partenariat ne débouche sur un fiasco. Ou pire, sur un scandale financier concernant les fonds débloqués par l’Etat pour éponger les dettes colossales d’Air Madagascar, et les emprunts souscrits par Air Austral pour être utilisés et soutenir les actions visant à redresser la compagnie. Le tout converge vers le seuil de rentabilité à atteindre. Ces fonds sont-ils utilisés à bon escient et le programme conclu par les deux parties suit-il réellement son itinéraire initial sur le plan opérationnel? Autant d’interrogations qui se posent et l’opinion attend des éclairages sur ces zones d’ombre.

Par Eric Ranjalahy