Editorial Opinions

La part d’ombre

La situation macroéconomique s’améliore. Même les plus radicaux parmi les opposants au régime actuel le reconnaissent sans l’admettre, ni l’avouer en public. La dernière publication de la Banque centrale confirme cet état de fait.
Le taux directeur a été maintenu à 9,5%. Et le coefficient des réserves obligatoires des banques primaires à 13%, sans modification aussi. Ces deux outils sont utilisés pour comprimer l’envolée inflationniste. À la fin de l’année passée, le taux d’inflation a atteint 9% en glissement annuel. Il est revenu aux alentours de 8% au premier trimestre.
S’il n’est pas facile de prouver l’efficacité de ces mesures, d’importants flux monétaires alimentent le circuit informel, donc insensibles aux fluctuations du taux directeur, ces indicateurs prêtent plutôt à l’optimisme. D’autant que la Banque centrale fonctionne par des considérations techniques. Elle n’a pas pour vocation de dépeindre le tableau de bord des agrégats économiques. Elle n’a pas intérêt à jouer les pompiers de service dans le contexte politique actuel. Bien sûr, des établissements financiers et des banques primaires en surliquidités continuent
d’offrir des lignes de crédit diverses et variées, avec des formalités allégées pour inciter les clients à s’endetter davantage.
Toutes les occasions sont bonnes pour les lancer. Fête des mères, vacances pour toute la famille, rentrée des classes, achat de voitures, construction de maison. La réponse obtenue dans les quarante huit heures, sans que les taux d’intérêt, souvent prohibitifs,  ne soient annoncés dans la publicité. Ces crédits à tout va, ont permis à des épiciers d’étendre leurs activités, à des propriétaires de taxis-be d’élargir le parc de leurs véhicules… Mais sur le plan psychologique, ils ont donné l’illusion à tous d’être devenus riches en un clic. D’où la vigilance de l’autorité monétaire qu’est la Banque centrale de doucher un peu cette frénésie, une des causes de la poussée inflationniste. Avec le spectre de la mauvaise récolte rizicole due à la sécheresse du début de l’année en 2016.
À ce propos, le kilo des riz locaux, « Makalioka » et « Vary gasy », toujours prisés par les  consommateurs, en dépit
des vagues d’importations qui inondent le marché, descend à 2 000 ariary après avoir stagné à 2500 ariary durant des mois. L’arrivée des premières  moissons est pour beaucoup dans cette baisse significative du prix. La denrée de base constitue une arme politique redoutable. Il est nécessaire, sinon primordial, de bien danser avec la valse des étiquettes.
L’autre bonne nouvelle sur le plan financier a été cette remontée de l’ariary sur l’échelle des valeurs transactionnelles au Marché interbancaire de devises, MID. Ou plutôt une décrue de l’euro et du dollar. S’y ajoutent les recettes fiscales du premier trimestre qui ont dépassé les prévisions de la loi de finances. Pas moins de 102% de réalisation. Soit 596 milliards d’ariary sur les 574 prévus. Mais ces considérations financières et économiques n’ont aucune importance pour les soixante treize députés contestataires et leurs partisans, enfermés dans la bulle de l’endoctrinement quotidien.  Ces acquis ont rendu leurs manifestations moins populaires qu’en 1991, par exemple, où le secteur privé a participé sans être réquisitionné au mouvement de masse sur la Place du Treize-Mai.
Les opérateurs économiques sentent l’amorce d’une croissance, imperceptible  chez   des manifestants bercés
par l’extrémisme des discours enflammés et incendiaires, et refusent de tout gâcher par l’arrêt du travail En fait,
ces performances méritoires du régime HVM ont été occultées par les scandales en tous genres et les affaires louches jetées  en pâture sur les places publiques. Le feuilleton  Claudine Razaimamonjy, la révolte à Soamahamanina,  les répressions aveugles et insensées des opposants ou supposés comme tels,  l’évasion inouïe d’Houcine Arfa, les bois de rose envoyés à Singapour, les trafics ininterrompus  d’or et de tortues,  l’expédition punitive des policiers à Antsakabary, les bourdes de Me Henry Rabary-Njaka sur les dates de la présidentielle
offertes sur le plateau de TV5 Monde, et la forte odeur de corruption sortie de l’hôtel Paon d’or où étaient confinés des députés pro-HVM. Les absurdités des tenants du pouvoir se ramassent à la pelle, mais ces échantillons  ont suffi à dégoûter l’opinion publique nationale. Pour qu’elle oublie l’essentiel.

Par Eric Ranjalahy